Patients âgés : des traitements de moins en moins allégés | la maison du cancer

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Chimiothérapies sous – dosées, chirurgie déconseillée… Pendant longtemps, les personnes âgées atteintes de cancer n’ont pu bénéficier des mêmes traitements que leurs homologues plus jeunes. Grâce au progrès de la médecine, les oncologues sont désormais moins frileux.

 

Trop faibles pour supporter les traitements, trop vulnérables face aux effets secondaires… Pendant longtemps, les personnes âgées atteintes d’un cancer ont été traitées en fonction de leur âge et non de leur état de santé général. Ce qui se traduisait par un sous-dosage des chimiothérapies et une réticence des médecins face à la chirurgie ou la radiothérapie. ” Les malades étaient alors mal traités, ce qui limitait leurs chances de guérison et leur espérance de survie, ou diminuait leur qualité de vie”, observe le professeur Olivier Saint-Jean, chef du service de gériatrie de l’Hôpital européen Georges Pompidou.

Mais depuis quelques années, le patient âgé, majoritaire dans la population cancéreuse, fait l’attention d’un intérêt renouvelé des oncologues. Les pratiques évoluent : ” nous sommes beaucoup moins frileux qu’il y a encore quelques années”, reconnaît le Dr Françoise May-Levin, oncologue et conseiller médicale à la Ligue contre le cancer.

Dans l’approche de la personne âgée, c’est tout d’abord la définition médicale qui a changé. “Auparavant, on prenait en compte uniquement l’âge du patient, se souvient le Dr Françoise May- Levin. Aujourd’hui, on va davantage s’attarder sur l’état de santé de ses grandes fonctions que sont le coeur, les reins, le cerveau”.

Avant de préconiser le traitement, les médecins prennent également en compte les conditions de vie de la personne. Vit -elle seule ou accompagnée ? Est- elle  installée  à proximité du centre hospitalier ou doit-elle effectuer de longs trajets ? Et surtout a-t-elle  envie de subir un traitement lourd, qui, certes, pourrait allonger son espérance de  vie, mais provoquerait des effets secondaires très contraignants ? “Il y a ainsi un subtil équilibre à trouver entre les bénéfices attendus et les risques encourus. D’autant que lorsque les fonctions rénales et  hépatiques sont diminuées, le corps a plus de mal à supporter les médicaments”,  prévient le professeur Olivier Saint-Jean.

A chacun son traitement

Cette approche individualisée permet désormais à de nombreux patients âgés de profiter des mêmes traitements que les malades plus jeunes. En chirurgie, notamment, la médecine a fait d’énormes progrès concernant les seniors », affirme le Dr Françoise May-Levin. Auparavant, les chirurgiens hésitaient à pratiquer des opérations lourdes et craignaient le recours à l’anesthésie. Désormais, des personnes de plus de 90 ans peuvent être envoyées sur la table d’opération par leur cancérologue. Ce qui, dans le cas d’un cancer du sein par exemple, offre de bien meilleures chances de guérison. Cependant, la prudence reste de mise car certains effets secondaires augmentent avec l’âge, comme le risque de thrombose (formation d’un caillot de sang) ou, moins grave mais gênant, celui d’escarres dans les suites de l’opération. « Pour les patients les plus faibles, on effectuera des opérations moins lourdes ou on utilisera des méthodes ne nécessitant pas d’anesthésie générale », tempère le professeur Olivier Saint-Jean. Là  encore, la décision se prendra au cas par cas.

Cette individualisation des traitements s’applique tout particulièrement pour les chimiothérapies. Si certains « anciens », au regard de leur état de santé, peuvent recevoir exactement le même dosage que les plus jeunes, d’autres ne le supporteront pas. Les effets secondaires (nausée, diarrhées, fatigue générale…) restent les mêmes quel que soit l’âge du malade mais ils seront plus ou moins bien supportés chez une personne affaiblie. Le patient âgé fera donc l’objet d’une attention particulière et, alors que les chimiothérapies sont souvent administrées en hôpital de jour, on préfèrera souvent pour lui une hospitalisation classique.

Accès aux essais thérapeutiques

Même protocole pour la radiothérapie, une technique qui requiert de nombreux déplacements en vue des séances de rayons, quasi quotidiennes parfois. « Ce traitement peut parfois être difficile à mettre en œuvre », admet le professeur Olivier Saint-Jean. Si cette option est malgré tout choisie par le médecin, il faudra établir un planning particulièrement adapté aux possibilités de mobilité des plus âgés.

Autre préconisation des oncologues : inclure les personnes âgées dans les essais thérapeutiques. Pendant longtemps, les plus de 70 ans ont été exclus de ces protocoles, pourtant indispensables à l’amélioration des traitements. Aujourd’hui, de plus en plus d’essais sont accessibles à ces aînés. Cependant, une récente étude américaine, publiée dans le Journal of Clinical Oncology, démontre que de nombreux efforts restent à faire. L’analyse approfondie montre ainsi que les patients âgés de 70 à 75 ans représentent 46% de la population cancéreuse mais seulement 20% des participants aux études cliniques, et que ceux de 75 ans et plus représentent 31% de la population cancéreuse mais ne sont que 9% à prendre part aux essais. Pour le Dr Françoise May–Levin, les personnes âgées doivent désormais être « une priorité de la recherche ».

Cécile Cailliez