Prise en charge de la douleur : des avancées concrètes | la maison du cancer

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Les soignants sont désormais mieux informés sur  la prise en charge de la douleur et les progrès en ce domaine sont légion. Pas de révolution, mais des avancées techniques qui améliorent le quotidien des patients atteints de cancer. Cependant, les moyens viennent à manquer. 

 

Aujourd’hui encore, près de 75 % des patients éprouvent des souffrances durant la maladie. Cependant, contrairement à ce qu’on pourrait croire à priori, le cancer en lui-même ne fait pas forcément mal –cela dépend de son stade et de sa localisation- et la cellule tumorale peut naître et se développer sans faire souffrir. Mais au cours de l’évolution de la maladie peuvent survenir divers événements responsables de douleurs.

Ceux-ci sont liés soit au développement de la tumeur, soit à des complications de la maladie, soit aux conséquences des traitements.

Ainsi, selon la Ligue contre le cancer, dans 70 % des cas, la douleur sera due à des phénomènes de compression ou d’ulcération de la tumeur. Dans 20 % des cas, elle sera la conséquence des traitements (chimiothérapies, radiothérapies…) et dans environ 10 % des cas, elle sera liée à une maladie préexistante, comme le diabète ou l’arthrose. Les traitements seront donc différents selon l’origine de la douleur. « Chaque cause doit être prise en charge, évaluée et traitée spécifiquement, insiste le Dr Philippe Poulain, responsable de l’unité de soins palliatifs à la clinique de l’Ormeau à Tarbes. Certaines composantes de la douleur peuvent ne pas être résolues par les traitements. Il peut alors y avoir des accès douloureux aigus ».

Le protocole se présente ainsi : « dans un premier temps, il faut interroger le patient pour évaluer l’intensité de sa douleur », explique le Professeur Ivan Krakowski, oncologue spécialiste de la douleur au Centre Alexis Vautrin de Nancy. Une tâche difficile car les patients ont généralement du mal à l’évaluer et à la définir clairement. D’autres, par pudeur ou parce qu’ils estiment que c’est une conséquence logique de la maladie, n’auront pas le réflexe d’en parler à leur médecin. « Ensuite, il s’agit d’appliquer le traitement le plus efficace pour pallier cette douleur, grâce à la chimiothérapie, la radiothérapie ou au moyen de médicaments ». Des antalgiques, dans la plupart des cas, dont l’un des plus puissants est la morphine.

Des molécules classiques

La douleur reste un sujet complexe et certaines d’entre elles sont totalement hermétiques aux opïoides, catégorie d’antalgiques parmi lesquels se classe la morphine. C’est le cas des douleurs neuropathiques qui nécessitent le recours à des antidépresseurs ou antiépileptiques. La recherche devrait donc se consacrer à trouver de nouvelles molécules, plus efficaces pour contrer l’ensemble des douleurs. Mais si l’industrie pharmaceutique essaie depuis plusieurs années de mettre au point de nouveaux analgésiques, pour l’instant seul les modes d’application ont changé. « La recherche fondamentale est un peu frileuse, confirme le Pr Ivan Krakowski. Les financements manquent, ainsi que les chercheurs intéressés pour développer ces nouvelles molécules. Il est beaucoup plus valorisant de travailler sur la tumeur en elle-même, de chercher le remède miracle pour soigner le cancer, que se concentrer sur la douleur. Cette dernière reste en périphérie de la recherche actuelle ».

Des évolutions techniques

Si les molécules sont donc toujours les mêmes, les modes d’administration eux évoluent, rendant ces dernières plus efficaces. C’est le cas, par exemple, pour la morphine « Classiquement, on l’appliquait par voie orale, explique le Pr Philippe Poulain. Mais cela est discuté à l’heure actuelle et on présente désormais la voie transcutanée comme une alternative moins agressive pour le malade ». Ces patchs de morphine, à appliquer sur la peau, permettent en effet de mieux tolérer le traitement, car le médicament ne passe pas par l’estomac.

Ces évolutions techniques se révèlent également très efficaces pour calmer les douleurs paroxystiques, très violentes et aiguës. Comme l’explique le Dr Alain Serrie, directeur du service Médecine de la douleur à l’hôpital Lariboisière à Paris. « L’application par spray nasal du Fentanyl®,  un analgésique très puissant, permet de calmer l’accès douloureux dans les cinq minutes. Auparavant, il fallait parfois attendre plusieurs heures. C’est donc une vraie évolution puisque cela permet de prévoir l’accès douloureux ou de le traiter immédiatement s’il n’était pas prévu ».

Des soins de support

Ces dernières années, la recherche a également permis l’amélioration d’autres techniques  comme la radiothérapie palliative. La tumeur, irradiée, est ainsi diminuée. Le but ici n’est pas de soigner mais bien de soulager le patient par de légères doses de radiothérapie. « Nous avons beaucoup progressé dans ce domaine, se félicite le Pr Ivan Krakowski, puisque nous pouvons désormais atteindre grâce à cette méthode des tumeurs très petites ou mal  placées ».

Autre évolution, et de taille : la place de plus en plus large accordée aux soins de support pour traiter la douleur. « Ici les progrès sont vraiment significatifs, continue le Dr Ivan Krakowski. De plus en plus d’hôpitaux mettent en place des services de soins de supports et les soignants sont désormais bien informés de leur intérêts thérapeutique, ce grâce au Plan cancer lancé en 2003 ». Il n’est donc plus rare désormais de faire appel à l’acupuncture pour soigner des douleurs neurologiques ou à l’osthéopathie qui, grâce à une approche plus globale, permettent de soulager là où les médicaments seuls ne suffisent pas. Ce qui pourrait paraître anodin est en fait une véritable révolution du monde médical. La souffrance n’est dès lors plus uniquement prise en compte sur le plan scientifique mais avec, également, une approche humaine.

Concernant la sensibilisation des soignants sur la douleur, les avancées sont donc réelles. Cependant, sur le terrain, le manque de personnel menace les progrès établis pour une prise en charge efficace. Comme le craint le Dr Alain Serrie : « Soulager la douleur est chronophage. Tous les médecins ne prennent pas le temps ». A cela s’ajoute la difficulté d’attirer de jeunes soignants. Résultat : le personnel formé à la douleur vieillit. « Nous allons globalement dans le bon sens pour améliorer la prise en charge de la douleur, conclut le Professeur Krakowski. Mais il est urgent de revaloriser cette discipline et cela doit commencer dès les études de médecine ». Pour l’heure, seules vingt-deux heures de cours sur huit ans d’études sont consacrées à cette  dimension essentielle…

Cécile Cailliez