Chimio : quand les cheveux ne tombent pas… | la maison du cancer

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Contrairement à ce que l’on croit, les chimiothérapies ne font pas forcément tomber les cheveux. La chevelure peut parfois résister aux traitements. A quel prix ? Et comment, alors, en prendre soin ? Les explications et conseils du Dr Christina Mateus, Dermatologue spécialisée en cancérologie à l’Institut de Cancérologie Gustave Roussy.

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LMC : perd-on obligatoirement ses cheveux pendant une chimiothérapie ? 

C.M : Non, la chute des cheveux et calvitie (ce qu’on désigne sous le terme d’alopécie) n’est pas systématique. Certaines chimiothérapies l’ entraînent plus fréquemment que d’autres. Tout dépend à la fois de la nature des molécules utilisées pour le traitement et de leur mode d’administration. Celles-ci sont donc classées en trois groupes : faiblement, modérément ou sévèrement alopéciantes.

LMC : Peut-on éviter ou ralentir cette chute des cheveux? 

C.M : Le seul traitement préventif pour tenter d’enrayer la chute ou la retarder est le port d’un casque réfrigérant pendant la chimiothérapie. Le principe consiste à baisser la température au niveau du cuir chevelu afin de contracter les vaisseaux sanguins qui diminuent de taille. Le sang circule alors moins bien ainsi autour de la racine du cheveu. Celle-ci, moins atteinte par les médicaments, peut continuer à se développer normalement, ce qui  permet de limiter la chute des cheveux. Mais malheureusement cette technique ne marche qu’en cas de chimiothérapie par voie intra-veineuse sur une courte durée (quelques heures). En cas de chimiothérapie orale (sur plusieurs jours) ou par voie intraveineuse en continu sur plusieurs jours, le port d’un casque n’est plus possible.

LMC : s’ils ne chutent pas, les cheveux conservent -ils quand même leur texture ? 

C.M : Les cheveux qui ne tombent pas continuent à pousser pendant la chimiothérapie. Cependant, leur texture au cours du traitement peut changer; ils deviennent parfois plus ternes, plus secs, cassants, voire incoiffables. En revanche, quelquefois, ils bouclent et gagnent en brillance…

LMC : comment prendre soin de ses cheveux pendant la durée du traitement ? 

C.M : Je conseille de laver les cheveux une à deux fois par semaine. Les nettoyer trop fréquemment les assècherait. Préférez des shampooings non agressifs pour le cuir chevelu, type “bébé” ou formulés pour cheveux secs, qui assouplissent et nourrissent la chevelure.

LMC : quels sont les autres soins préconisés ? 

C.M : Tous les gestes traumatisants sont à éviter, l’objectif étant d’éviter d’agresser le cuir chevelu. Je conseille aux patientes de coiffer les cheveux délicatement avec une brosse souple, de fuir aussi la chaleur intensive du sèche-cheveux ou du lisseur, de ne pas les attacher trop serrés, ni de les natter. S’ils sont très longs, on peut aussi les faire un peu couper et raccourcir pour faciliter le coiffage et éviter de tirer dessus.

LMC : peut-on continuer les teintures pendant les traitements ? 

C.M : Les colorations avec oxydants ne sont pas recommandées car elles provoquent parfois des réactions allergiques (picotements, démangeaisons..). De plus, elles « prennent » moins bien sur le cheveu ; le risque est de se retrouver avec une teinte imprévisible ! Mais si l’on y tient, on peut faire, au préalable, un test sur une mèche et opter de préférence pour une teinture végétale chez le coiffeur. Dépourvue de substances toxiques, sans oxydant, la coloration aux plantes reste à la surface de la fibre ; elle est donc généralement bien tolérée  par le cuir chevelu et diminue les  risques de sensibilisation.

 Propos recueillis par Elisabeth de La Morandière