Coloscopie virtuelle or not virtuelle ? | la maison du cancer

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Pour dépister un cancer du côlon, le patient doit souvent se prêter à une coloscopie. Il existe aujourd’hui deux techniques. La coloscopie « optique »qui nécessite une anesthésie générale et une coloscopie « virtuelle », plus rapide et moins invasive. Avantages et inconvénients de ces deux techniques.

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Le cancer colo-rectal arrive en 2010 au 3e rang des cancers en termes d’incidence, tous sexes confondus, avec 40 000 nouveaux cas estimés en France. Depuis 2008, le dépistage du cancer colo-rectal a été généralisé.. On sait en effet que plus ce cancer est pris à un stade précoce, quand les polypes sont encore au stade de lésions précancéreuses, meilleures sont les chances de guérison. Bien sûr, tous les polypes colorectaux, qui sont des excroissances de chair, ne dégénèrent pas en tumeurs malignes. Selon le Dr Marcelo Salmeron du Groupe Hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon de Paris « seulement une petite proportion d’adénomes se transforment en cancers. La taille est un facteur important dans le risque de transformation maligne d’un adénome : pratiquement inexistant si l’adénome est inférieur à 1 cm, d’environ 10 % si l’adénome mesure de 1 à 2 cm et proche de 30 % si l’adénome est supérieur à 2 cm. Il est très difficile d’estimer le laps de temps nécessaire à la transformation maligne d’un adénome. Certaines données permettent d¹avancer un intervalle de temps moyen d’environ 10 ans. »

Coloscopie optique versus coloscopie virtuelle 

Il faut donc dépister ce cancer au plus tôt, ce qui passe par un examen qui n’a rien de glamour. La coloscopie « classique » consiste à introduire par l’anus un endoscope (coloscope), tube souple, permettant d’explorer l’intérieur du côlon et ou du rectum. Cette coloscopie optique est réalisée sous anesthésie générale, en ambulatoire, et nécessite une préparation du côlon (prise de laxatifs, ingestion la veille d’un produit de contraste marqueur des selles, d’une purge faite le plus souvent de quatre litres, parfois difficile à supporter). Pendant l¹examen, le chirurgien spécialiste, qui suit l¹exploration sous contrôle scopique, peut intervenir : faire des prélèvements biopsiques si nécessaire ou retirer des polypes.

De son côté, la coloscopie virtuelle, appelée parfois coloscanner, nécessite la même préparation que pour une coloscopie optique, mais elle est réalisée sans anesthésie. Le côlon est distendu par de l’air ou du CO2 via une sonde rectale. Le volume de gaz insufflé varie, mais est généralement inférieur à 2 litres. Puis une série de clichés tomodensitométriques est réalisée par un scanner en quelques secondes. Une représentation en 3D du côlon est faite postérieurement à l’examen. Ce dernier est rapide, et en moins de 30 minutes le patient peut repartir à ses activités. Des avantages certains pour le patient mais limités pour le chirurgien spécialiste

Si la coloscopie virtuelle évite au patient les désagréments d¹une coloscopie classique, elle a aussi ses limites. Pour le Professeur Emmanuel Tiret, chirurgien à l’hôpital Saint-Antoine de Paris, « la coloscopie virtuelle, a à mon sens un intérêt… virtuel. Quand on fait passer une coloscopie à un patient, c¹est qu’il y a suspicion de polype, de tumeur ou de lésions inflammatoires à biopsier. Dans le cas d’une coloscopie traditionnelle, si le chirurgien spécialiste décèle des polypes, une tumeur, il peut directement biopsier les lésions voire les réséquer complètement si elles sont de petite taille. Dans le cas de la coloscopie virtuelle, il n’y a aucune possibilité de biopsie et à fortiori de résection endoscopique. Son bénéfice s’en trouve donc limité ».

Le Professeur Emmanuel Tiret reconnaît toutefois deux cas de figures où l¹intérêt de la coloscopie virtuelle est réel. « Dans les cas de cancer du côlon développé sur toute la circonférence du côlon, il arrive que l’orifice résiduel laissé par la tumeur soit trop petit pour que le coloscope puisse le franchir. Cela nous empêche d¹explorer le côlon d’amont et de rechercher d’éventuelles lésions synchrones dont il est important de connaitre la présence et la localisation au moment de l’intervention chirurgicale qui suivra. Dans ce cas, les clichés de la coloscopie virtuelle permettent de mieux les distinguer ». Deuxième cas de figure pour lequel la coloscopie virtuelle est recommandée : quand le patient est trop fatigué pour supporter une anesthésie générale. Par ailleurs, le risque zéro n’existant pas, le patient n’est pas à l’abri de complications liées à la coloscopie optique : perforation ­ rare ­ du côlon par l’endoscope (moins de 1 % des cas), infections, effets indésirables suite à l’anesthésie générale. Avec la coloscopie virtuelle, ces risques sont quasi nuls. En revanche, si les clichés signalent une anomalie, il faut alors reprendre rendez-vous pour une coloscopie classique.

C’est sans doute pour cette raison, a priori économique- avec la coloscopie optique on fait « les 2 en 1 » – que la France ne semble pas encore prête à préconiser la coloscopie virtuelle en matière de dépistage généralisé.

Stéphanie Honoré