L’hormonothérapie a le vent en poupe ! | la maison du cancer

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Longtemps considérée comme un traitement anti cancer de «seconde zone», l’hormonothérapie a su gagner ses lettres de noblesse et suscite un regain d’intérêt, notamment dans les cas de cancers du sein, de la prostate et de l’endomètre. De nouvelles molécules relancent l’espoir, même si la tolérance à ces traitements n’est pas partagée par tous les malades. 

1 • D’où vient l’hormonothérapie ?

D’une découverte essentielle : quelques tumeurs – mais pas toutes – sont sensibles à nos hormones qui les aident à grandir. Les plus connues sont les cancers du sein et de la prostate. Ce ne sont pas les hormones qui sont spécialement en cause, mais bel et bien les cellules cancéreuses qui y sont sensibles.

2 • Comment une cellule cancéreuse peut-elle est être «sensible» ?

Une hormone est un peu comme la clé d’une serrure. Elle diffuse dans l’organisme et quand elle rencontre une cellule qui possède la serrure correspondante (ce que l’on appelle un «récepteur»), elle se fixe dessus, ce qui déclenche une action (par exemple, une croissance accrue). Une cellule cancéreuse sans récepteur hormonal est donc complètement indifférente à l’hormone circulante. A l’inverse, une cellule cancéreuse possédant les fameux récepteurs  y est sensible.

3 • Et que fait l’hormonothérapie là-dedans ?

Les traitements de ces tumeurs par hormonothérapie consistent soit à bloquer la synthèse ou l’action des hormones coupables malgré elles, soit à provoquer leur destruction, soit à bloquer ces fameux récepteurs. De quoi freiner sérieusement la progression du cancer et donc réduire la taille de la tumeur ou encore, diminuer le risque de récidive et/ou de métastases.

4 • Quel est le médicament le plus connu en hormonothérapie ?

Le chef de file de l’hormonothérapie est le Tamoxifène : cette molécule agit, entre autres, en rentrant en compétition avec les estrogènes au niveau des récepteurs. Comme une seule «clé» peut rentrer à la fois dans une «serrure», s’il y a déjà du tamoxifène, il n’y a plus de place pour les estrogènes ! Cet anti estrogène étant utilisé depuis plus de 25 ans, principalement chez les femmes ménopausées ayant un cancer du sein (mais aussi avant la ménopause), on n’est pas en terrain inconnu. Un autre médicament plus récent agit également en entrant en compétition avec les estrogènes au niveau des récepteurs : il s’agit du Falsodex®.

5 • Et qu’y a-t-il de nouveau ?

Depuis le début des années 2000, d’autres médicaments sont apparus. Les tout derniers de cette classe thérapeutique sont appelés des inhibiteurs de l’aromatase. Sont principalement intéressées par cette nouveauté, les femmes ayant un cancer du sein hormonosensible, après la ménopause. Même si leurs ovaires sont au repos et donc, ne produisent plus d’hormones féminines, leurs glandes surrénales fabriquent des androgènes transformés pour une petite partie d’entre eux en estrogènes, grâce à l’action d’une enzyme appelée aromatase. Or ces estrogènes aident les cellules cancéreuses qui possèdent des récepteurs aux estrogènes à grandir ! Les anti-aromatases (Lentaron®, Aromasine®, Arimidex®, Femara®) empêchent tout simplement cette transformation, d’où leur indication, soit comme adjuvant après traitement classique d’un cancer du sein pour empêcher la récidive, soit comme traitement de base d’un cancer du sein métastasé.

6 • C’est quoi leur principal avantage ?

Les inhibiteurs de l’aromatase empêchent la transformation des androgènes en estrogènes et rien d’autre. C’est pourquoi on dit qu’ils ont une action «spécifique». On y gagne en efficacité comme le prouvent les résultats d’études les concernant. Bien qu’ils ne provoquent pas d’autres effets secondaires que ceux engendrés par l’arrêt de la sécrétion hormonale (d’où une sécheresse des muqueuses, par exemple), ce n’est pas encore la panacée en matière de tolérance – et d’ailleurs, un certain nombre de malades les arrêtent – mais ils représentent un progrès indéniable.

7 • D’autres molécules sont-elles en préparation ?

L’enzyme aromatase n’est pas la seule à transformer les androgènes en estrogènes. La sulfatase serait une autre enzyme concernée et de fait, des inhibiteurs de la stéroïde sulfatase font actuellement l’objet de recherches cliniques, dans le cancer de l’endomètre avancé, par exemple.

8 • Et les hommes, alors ?

Chez les hommes ayant un cancer de la prostate métastatique, le principe est le même, mais cette fois, l’hormonothérapie vise à empêcher l’action stimulante de la testostérone (hormone mâle) sur les cellules cancéreuses. Les traitements administrés sont des anti-androgènes, comme l’acétate d’abiratérone. Pour l’instant, ce type de traitement n’est pas indiqué en cas de cancer de la prostate non métastatique, car la chirurgie, lorsqu’elle s’avère nécessaire, fait mieux. 

9 • Côté résultat, l’hormonothérapie, ça donne quoi ?

Elle entraîne une baisse notable de la mortalité dans les cancers de la prostate métastatique – avec une réduction du risque de décès jusqu’à 36 % – et dans les cancers du sein. Pour les cancers de l’endomètre, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Même si d’autres études devront confirmer ces bons résultats et les affiner en fonction des cancers, de leur stade, du profil des patients, etc., ils sont suffisamment éloquents pour avoir été remarqués par l’ensemble de la communauté scientifique et stimuler la recherche de nouvelles molécules en hormonothérapie. 

10 • D’autres cancers pourraient-ils relever de l’hormonothérapie ?

Chez des femmes traitées par hormonothérapie pour un cancer du sein, des chercheurs ont constaté récemment que leur mortalité par cancer pulmonaire, était réduite. Est-ce à dire que l’hormonothérapie aurait un effet protecteur sur le cancer du poumon ? Pourquoi pas, car il n’est pas exclus que certaines cellules cancéreuses pulmonaires soient aussi sensibles aux hormones. Cependant, il est encore trop tôt pour l’affirmer et la piste demande elle aussi à être explorée.

Nathalie Szapiro-Manoukian

Sources : 

• “Quotidien du médecin” du 24/01/2011

• Faculté de Caen  

• Institut Gustave Roussy 

 • 35ème Congrès de l’ESMO (European Society of Medical Oncology), Milan, octobre 2010.

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