Les effets des chimio sur les règles | la maison du cancer

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Sujet peu souvent abordé, presque tabou, les conséquences des traitements sur les cycles menstruels des femmes sont pourtant bien réelles. Diffèrent-elles énormément d’une patiente à l’autre ? Sont-elles seulement ponctuelles ? Eclairages et précisions avec le Dr Pascale This, gynécologue-endocrinologue à l’Institut Curie.

LMC : De quelle manière les traitements contre le cancer peuvent-ils perturber le cycle menstruel ?

P.T : Quel que soit le type de cancer, la chimiothérapie va perturber le fonctionnement des cycles, en altérant les cellules des ovaires dans leur capacité à libérer des hormones et des ovocytes.

LMC : Les chimiothérapies ont-elles toutes les mêmes effets ?

P.T : Toutes les chimio sont toxiques mais leur incidence sur le cycle menstruel variera selon trois paramètres : le type de molécules utilisées, la dose (c’est-à-dire le nombre de cures) et l’âge de la personne. Plus le nombre de cures est important, plus les effets seront notables.

En ce qui concerne les molécules, nous avons pu remarquer que les alkylants ou les sels de platine, utilisés en chimiothérapie, sont des médicaments ayant plus d’effets que d’autres sur les cycles menstruels.

Dans le cas d’un cancer du sein, par exemple, les jeunes femmes de moins de 30 ans verront leurs règles revenir. Pour celles âgées de 30 à 38 ans, les perturbations seront plus importantes. Quant aux femmes de plus de 40 ans, il arrive que les règles ne reviennent pas. La difficulté, c’est qu’on ne peut pas savoir à l’avance comment l’organisme va réagir. Nous ne pouvons poser un diagnostic de « pré-ménopause » que rétrospectivement, sachant que l’aménorrhée peut durer de quelques mois à quelques années. Par ailleurs, il faut savoir que certaines chimio auront des conséquences très rapides sur les règles, tandis que d’autres molécules auront un effet retard.

LMC : En dehors d’une aménorrhée, y a t-il d’autres perturbations du cycle menstruel causées par les traitements ?

P.T : Oui. Certaines femmes peuvent voir leurs cycles s’allonger de deux, voire trois mois. D’autres ont des règles plus abondantes et/ou plus douloureuses. Les symptômes avant l’arrivée des règles sont parfois aussi plus marqués, comme l’apparition de bouffées de chaleur, par exemple.

LMC : Quels conseils donnez-vous à vos patientes dans cette situation ?

P.T : De bien noter la date de leurs règles et d’attendre tranquillement leur retour. L’important, c’est de garder une contraception locale (préservatifs ou un dispositif intra-utérin) car la contraception hormonale est à bannir.

La difficulté c’est que nous avons un message contradictoire à faire passer aux patientes : d’un côté nous leur disons que nous ne savons pas si elles retrouveront leurs règles, de l’autre qu’il faut continuer à utiliser un moyen de contraception.

LMC : Que se passe-t-il en cas de grossesse ?

P.T : Nous savons, par exemple, qu’après un cancer du sein, le taux de récidive est plus élevé dans les 3 ans à venir. Par ailleurs, une grossesse trop proche de la chimiothérapie n’est pas conseillée. Quant à l’hormonothérapie, certains traitements, prescrits à des femmes jeunes, peuvent provoquer des malformations sur le fœtus. Il est donc conseillé d’attendre au moins 2 ou 3 ans après la fin de tous les traitements et de se donner un délai de sécurité avant d’envisager une grossesse.  

Propos recueillis par Nathalie Ferron

Crédit photo : Alexandre Lescure