Lutter en dopant le système immunitaire | la maison du cancer

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Lors de la dernière conférence annuelle de l’ASCO à Chicago est apparue l’importance désormais accordée aux thérapies « dopant » le système immunitaire du malade. Le Professeur Stéphane Oudard, qui était sur place, nous explique les enjeux de ces traitements. Quoique un peu « techniques », ses propos ouvrent sur les pistes les plus positives.

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Interview du Professeur Stéphane OUDARD, Docteur en Cancérologie dans le service d’Oncologie médicale de l’Hôpital Européen George Pompidou à Paris

LMC : cette orientation est elle vraiment nouvelle ?

Non. Disons que c’est la troisième phase de nos découvertes en immunothérapie.D’abord, nous avons travaillé avec l’®Interferon ou l’®Interleukine, des molécules qui ont permis de favoriser le développement des globules blancs capables de reconnaître des cellules tumorales. Ces molécules stimulent les défenses immunitaires et ont été utilisées dans les cancers du rein et les mélanomes.

Puis, avec l’®Avastin â et l’®Herceptine â, nous avons pu augmenter la fabrication d’anticorps qui ciblent les récepteurs cancéreux. Mais le problème était que ces anticorps reconnaissaient un peu tout et provoquaient comme un emballement des antigènes du malade entraînant des désordres hypophysaires et thyroïdiens.

On a donc décidé d’enterrer les molécules à réponse immunologique. Aujourd’hui, elles sont relancées grâce à de nouvelles découvertes, de nouvelles générations de molécules.

LMC : De quelles molécules s’agit-il ?

Grâce aux nombreux travaux sur l’®Avastin â désormais disponibles, il a été démontré qu’une chimiothérapie associée à l’®Avastin â donnait de meilleurs résultats sur le long terme en traitement de maintenance. La survie globale des patientes présentant un cancer de l’ovaire a été démontrée.

D’autre part, une autre molécule importante, l’®Ipilimumab, arrive à disposition. Cet anticorps stimule les défenses immunitaires, notamment les cellules T, à attaquer les cellules cancéreuses : il pourrait devenir le premier traitement du mélanome à un stade avancé car il a la faculté de maintenir la réponse immunitaire dans le temps, et est donc très bénéfique en termes de survie.

Enfin, une multitude de molécules permettant un traitement ciblé vont arriver en clinique. Elles traiteront de façon sélective des patients présentant telle ou telle mutation génique. Nous passons ainsi d’un traitement proposé à un grand nombre de patients à un traitement à la carte, basé sur le profil tumoral et les mutations de patients en particulier.

Dans un futur que nous espérons proche, terminée la molécule administrée à tous les patients sans discrimination ! L’heure sera au traitement ciblé, actif d’emblée, avec peu de résistance primaire, permettant de réduire de façon significative la tumeur.

LMC : Ce regard sur l’immunité signifie-t-il que l’apport de certaines médecines complémentaires qui s’intéressent au terrain (homéopathie, acupuncture, etc…) sera plus reconnu et utilisé dans les services ?

L’acupuncture permettrait selon certaines études de revitaliser les défenses immunitaires. L’homéopathie, quant à elle, présente l’avantage de favoriser l’immunité sur le long terme. Si ces médecines complémentaires sont à prendre en compte pour réactiver des zones dormantes, il demeure important de les évaluer dans le cadre d’études prospectives de soins de support afin de les intégrer dans nos pratiques journalières. Ces évaluations sont à l’étude grâce à l’Association ARTIC (Association pour la Recherche de Thérapeutiques Innovantes en Cancérologie).

Propos recueillis par Pascale Senk

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