Post-cancer du sein : les enjeux de la surveillance | la maison du cancer

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Quel suivi mettre en place après un cancer du sein, comment gérer l’angoisse d’une récidive ? Anne Lesur, oncosénologue, médecin spécialiste au Centre de Lutte Contre le Cancer  et chargée de la coordination Sein au Centre Alexis Vautrin, à Vandoeuvre-les-Nancy, répond à nos questions.

 

LMC : qu’est ce qu’une récidive du cancer du sein ?  

A.L : Il faut savoir qu’un cancer du sein n’immunise pas contre un nouveau cancer, que ce soit un retour de celui d’origine, ou un autre situé ailleurs. Une authentique récidive signifie qu’une nouvelle tumeur se développe dans le même sein. Mais la récidive locale n’est pas synonyme d’une évolution avec métastase, et le pronostic d’une récidive isolée est favorable. En revanche, il n’est pas possible d’opérer à nouveau un sein déjà traité, car il faudrait refaire une radiothérapie et le cumul des doses n’est pas réalisable, car trop toxique. Il faut donc rester vigilant, même des années plus tard. Les femmes jeunes récidivent d’avantage que les autres, puisque la période pendant laquelle elles peuvent récidiver est logiquement plus longue. D’où l’importance d’un examen clinique avec le médecin au moins deux fois par an, et d’une mammographie et échographie annuelles, même longtemps après le traitement initial.

LMC : quelle est la surveillance à adopter ?  

A.L : Un nodule, un simple  bouton peut, finalement, ne pas être anodin. Il faut donc instaurer une surveillance simple et régulière qui associe un examen clinique, un interrogatoire et un suivi radiologique annuel, mammographique et échographique.L’examen clinique est très important. C’est au médecin traitant en qui la malade à confiance de le faire tous les six mois, car souvent l’autopalpation inquiète ces femmes, elles n’ont pas envie de la réaliser.  Il faut aussi interroger la patiente, l’écouter, être attentif aux signes qu’elle peut décrire plutôt que de lui donner de manière systématique des ordonnances pour des examens à visée générale, sans qu’il y ait de symptômes. Les scintigraphies, les scanners, les pet-scan ne prouvent pas toujours leur efficacité en terme de dépistage. ils sont onéreux et, de surcroit, irradiants.

LMC : que faut-il attendre des analyses biologiques ?  

A.L : Le suivi par des prises de sang pour rechercher des marqueurs n’est souvent pas suffisamment informatif : une évolution générale n’est pas forcément associée à une élévation de marqueur, alors qu’une élévation de marqueurs peut ne pas être en rapport avec des métastases. Par contre l’inquiétude que cela génère et les examens en tous sens sont très mauvais pour le moral de la patiente. La surveillance doit être « loco-régionale » et s’inscrire dans un travail d’équipe entre le radiologue, l’oncologue et le gynécologue. Il est souhaitable qu’ils aient un discours homogène, et qu’ils se mettent d’accord sur le protocole.

LMC : vous semblez attacher beaucoup d’importance à l’approche psychologique ?

A.L : La question de la peur après un cancer du sein est très importante. L’inquiétude, l’angoisse font partie des séquelles et doivent aussi être prises en charge par le médecin. A nous d’offrir un appui rassurant.  Les premiers mois après la fin du traitement sont toujours difficiles à passer, car la patiente, sortie du contexte de l’hôpital, est à la fois soulagée et très inquiète.

C’est pendant cette période qu’il faut rester joignable. Les patientes ont souvent des questions simples mais qui les préoccupent : certaines appellent pour demander si elles ont le droit de manger des yaourts au soja – le soja contient des œstrogènes -des hormones-, et est à ce titre particulièrement surveillé par les patientes. La consultation de fin de traitement est très utile de ce point de vue. Elle permet de faire une synthèse du parcours effectué, de répondre aux questions posées, et d’ouvrir un espace de parole. Le dialogue est très important. Nous nous devons de poser des questions, quitte à ce que ce soit toujours les mêmes, les réponses peuvent changer sur le long terme. Au fil du temps, certaines demandes se modifieront et il faut y rester attentif. Pour une reconstruction mammaire par exemple, une patiente qui va la refuser à un moment peut la souhaiter plusieurs années après. A nous de continuer à poser la question, consultation après consultation pour entendre ce désir, qui n’est pas forcément facile à formuler.

LMC : vous parlez de « remettre les patientes dans leur vie d’avant ». Qu’entendez-vous par là ?

A.L : Il faut ouvrir de nouveaux horizons, réussir à sortir de la maladie. La majorité de mes patientes en arrivent à dire qu’elles vivent mieux après qu’avant, avec une meilleure qualité de vie.  Ça peut sembler caricatural mais je n’hésite pas à dire qu’avec du recul, pour certaines femmes, la traversée de cette épreuve peut être un événement positif dans leur évolution de vie. Le temps de la convalescence n’est pas à vivre comme une punition mais comme du temps donné pour prendre soin de soi, pour aller mieux. Ensuite il faut pouvoir oublier la maladie, sans sous-estimer la difficulté de l’épreuve vécue qui peut aider à grandir. La maladie ne doit pas projeter une ombre sur le futur. Tout comme la femme est un jour entrée dans le monde des malades par un diagnostic auquel elle ne s’attendait pas, elle doit pouvoir en sortir, et retrouver celui des biens portants. La surveillance à poursuivre ne doit pas être vécue comme une contrainte mais plutôt comme une aide au long cours.

Propos recueillis par Marion Wagner

Crédit photo / Centre Alexis Vautrin