Coup de cœur livresque | la maison du cancer

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Les témoignages des unes aident les autres, et en matière de cancer du sein, la littérature est abondante. La psychologue Maryse Vaillant, elle- même auteur de nombreux livres, a souhaité exprimer son enthousiasme pour un récit en particulier, celui de Ginette Thuillier, Une femme en morceaux. Parce qu’il diffuse la rage de vivre.

On dit souvent d’un essai ou d’un témoignage bien écrit, qui se lit facilement, qu’on le lit « comme un roman ». Je dirai volontiers de celui de Ginette Thuillier que c’est un roman. Le roman d’une vie passionnante, mouvementée, ouverte sur le monde, curieuse, riche en aventures et en rencontres. Une vie de voyages. Le roman d’une femme à qui l’on découvre un cancer du sein et qui se fait soigner.

Le cancer est l’une des aventures de la vie de Ginette Thuillier. Elle nous le conte comme un de ses voyages personnels qu’elle associe à bien d’autres voyages, bien d’autres aventures. Certains souvenirs sont liés à un accident, une maladie, -d’où le titre qui évoque bien des opérations et des souffrances physiques- mais d’autres sont des rencontres –dans le monde du show-biz- et surtout des voyages de part le monde.

Elle nous conte tout cela par petites touches, à l’occasion d’un séjour en salle d’attente, d’une séance de chimio ou de rayon, pendant l’année qui suit le diagnostic de son cancer du sein et pendant les traitements qui s’en suivent. Opération, chimio, rayons, hormonothérapie. Son parcours est le nôtre, le protocole standard de toute femme atteinte d’un cancer du sein. Mais en arrière fond, chaque épreuve révèle le souvenir d’une autre épreuve, une aventure, une découverte, une rencontre.

Au delà de la richesse documentaire de ses souvenirs, ce qui me frappe dans l’attitude de Ginette Thuillier, c’est sa combativité. Le cancer et ses traitements sont entrés dans sa vie sans détruire sa rage de vivre. Elle réagit parfois vivement, ne se laisse pas faire, s’oppose, fait la forte tête… On s’étonne de certaines de ses réactions, de son obstination, mais elle tient à rester elle-même et elle continue de vivre avec acharnement et avec beaucoup de bonheur.

C’est un bon livre. Passionnant à lire car ouvert sur le monde, donc divertissant. Mais il permet également un retour sur soi-même, sur  son propre cancer. Comme tout bon livre, il dépasse son auteur et l’aventure singulière de sa propre maladie pour nous parler de la nôtre. C’est un bon livre qui fait du bien.

Maryse Vaillant

EXTRAIT

« Aujourd’hui, j’ai droit à des vacances : les appareils de mon bunker sont en maintenance. Je vais en profiter pour découvrir Marseille. Je me lève tôt, le ciel a une teinte bizarre ce matin, une couleur café au lait dans lequel trempe un croisant de lune. je rejoins le restaurant, en évitant de regarder, par les portes ouvertes sur le couloir, l’humanité souffrante clouée sur les lits. Naufragée parmi ces naufragés, j’ai de la chance ! Je sais que mon « optimist » n’est pas loin. Il m’attend, voile repliée, au creux d’un port. A moi de le rejoindre, de me hisser à bord, hisser la voile, hisser le moral ! (…) dans le métro, je ressens une curieuse impression. Evadée de la clinique, de l’hopital aux rayons, je suis en fugue en ville… Sensation de liberté, de légèreté. Toutefois, une affiche publicitaire m’agresse : « Mascara. Vos cils semblent démultipliés ! » Encore faut-il en avoir ! Plus de cils. Plus de sourcils. Bah, derrière les lunettes de soleil, cela ne se voit pas. » (Ginette Thuillier, « La femme en morceaux », P.221)

Ginette Thuillier, Une femme en morceaux

à commander aux éditions Kirographaires, www.edkiro.fr