Journal d’un couple contre le crabe | la maison du cancer

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Pour livrer bataille face au cancer, il vaut sans doute mieux être à deux. Tel est le sentiment qu’on éprouve à la lecture du livre – témoignage de Catherine et Andreas, dans lequel apparaissent  à la fois solitude de chacun et union indéfectible. Un texte sans concession qui montre que l’épreuve n’épargne personne.

 

Même s’il se soigne de mieux en mieux, même si la médecine a tendance à le faire évoluer en affection chronique, le cancer n’est décidément pas une maladie comme les autres. Encore trop souvent mortel, le « crabe » confronte chacun à ses propres limites : sa finitude, la douleur, l’épuisement, la peur des traitements qui laminent le corps et l’esprit. Tel est le sens de cet  émouvant  témoignage, rédigé à quatre mains.

Elle, c’est Catherine Nusbaum-Topp à qui, un jour de novembre 2003, le radiologue découvre une tumeur au sein droit.  Lui c’est Andreas Topp, son mari, son amoureux, celui qui tout au long de la traversée du cancer va tenir bon, faire face, la soutenir, l’accompagner, l’aimer, la rassurer, devenir son bouclier protecteur aussi lorsque, enfermée dans sa bulle de souffrance, repliée sur elle-même à la recherche de son propre souffle, le moindre écho de l’extérieur deviendra agression.

L’originalité de ce récit est toute entière dans son écriture à quatre mains. Bien sûr, l’histoire de Catherine à elle seule, eût mérité un livre. Comme chaque plongée singulière dans les affres de la souffrance, car il n’y a pas d’universalité dans la façon d’engager la bataille pour sa survie. Chaque expérience est différente, nourrie d’un rapport intime à soi-même et témoigne par conséquent d’une façon différente de se sentir humain et vivant. Mais, ici, la voix d’Andreas fait entendre autre chose. Catherine décrit sa vie bouleversée par les traitements, son effroi, sa lutte, sa façon de se rassembler toute entière dans la simple contemplation d’un rayon de soleil lorsque tout mouvement épuise. « Absorbée par les jeux de lumière sur le parquet, par les reflets au plafond, captivée par la façon unique dont chaque plante absorbe la lumière (…) Un monde de sensations visuelles et corporelles s’est ouvert à moi et j’ai eu la grande chance d’y trouver un formidable réconfort  », écrit-elle par exemple.

Lui glisse ses commentaires, ses remarques, en italique, comme un regard à la fois du dedans et du dehors de la maladie. Et l’on voit comment, la plupart du temps, ces incises sont écrites à la première personne… du pluriel. « Nous », un nous qui, plus qu’un grand discours,  dit l’amour acceptant de se muer abnégation, afin que l’autre vive. Au fil du temps, Andreas devient  une sorte de prolongement de sa compagne : à la fois sa source d’énergie, son ambassadeur auprès de l’extérieur, son étaie.

Pourtant, nulle complaisance sacrificielle ici : Andreas décrit aussi sa solitude, celle des aidants, les aidants auxquels personne ne demande comment ils vont, puisque celui dont on prend des nouvelles, c’est forcément le malade. Alors il raconte les parties de Scrabble contre lui-même, la nuit pour occuper ses insomnies et tenir l’angoisse à distance, son épuisement parce qu’il faut travailler, assurer le quotidien de la maison, et aussi, et surtout, soutenir Catherine, être là pour elle, cuisiner parfois plusieurs repas afin qu’elle finisse par enfin avaler une bouchée sans haut-le-cœur. « Rien n’est simple, et c’est un des aspects qui rendent la vie le l’accompagnant si difficile. Il faut en permanence s’effacer, se mettre au service et avec beaucoup de patience, se rappeler son rôle dans ce dur combat.  », écrit-il.

Ce livre en stéréo montre aussi combien la solidarité est indispensable face aux autres, à tous les autres : le chirurgien qui contredit l’avis du radiologue, redonnant de faux espoirs, avant de se rétracter ;  les médecins généralistes qui refusent de se déplacer parce que Catherine n’apparaît pas dans leur fichier de clientèle, et les amis, les parents qui ne se manifestent pas ou plus, terrorisés par la maladie. Sans rancune, mais sans concessions ni faux-fuyants, cet ouvrage élégant dont l’humour n’est pas absent, est au final un hymne à la vie et à l’amour. Un manifeste pour dire que non décidément, le cancer n’est pas une mauvaise grippe, et que sa traversée, réclame un équipage solide.

Isabelle Palacin

Pour en savoir plus

« Le cancer n’est pas une mauvaise grippe »

De Catherine Nusbaum-Topp et Andreas Topp

Editions Book on Demand 12;90 €