Le cancer vu comme un outil d’évolution | la maison du cancer

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Pour Stéphanie, qui fut diagnostiquée en 2003, le cancer a fonctionné comme un puissant moteur de changement intérieur et d’ouverture spirituelle.

Avant le diagnostic : Assistante à la mise en scène sur des longs métrages, je travaillais plus de 15 heures par jour. Mon projet c’était de réaliser des films moi-même, alors je me mettais beaucoup de pression, encaissant tout le stress et me chargeant de trop nombreuses responsabilités. Peu à peu, la logistique et la mécanique l’avaient emporté dans mes journées. Je n’étais plus heureuse. Je n’avais plus aucun contact avec la nature, avait abandonné la danse que j’adorais pourtant.J’étais, comme intermittente, prise dans un circuit d’angoisse financière. Pour trouver un peu d’air, j’avais commencé à me rendre le soir à des cours de yoga dans un centre indien juste en face de chez moi. J’y avais découvert aussi la possibilité de me faire masser et m’étais inscrite à un week end de formation pour apprendre le massage ayurvedique. C’est en pratiquant un exercice d’auto -massage que j’ai senti la minuscule boule dans mon sein droit.

Pendant les traitements : Il a fallu que j’insiste pour subir les examens de dépistage puis une biopsie des micro-calcifications qu’on avait repérées. Quand j’ai su, j’étais dans la panique complète. J’ai basculé dans une série de questions : « Pourquoi ?» et mon oncologue m’a dit « Il n’y a pas de réponse ». J’ai eu alors l’impression que le cancer venait comme déboucher d’un coup sec un évier trop plein : j’avais un terrain dépressif depuis des années, je ressassais toujours les méfaits de mon enfance, des ressentiments… Avec ce diagnostic, tout est tombé brutalement. Comme si tout ce qui avait existé avant était balayé. Je me suis dit « Il ne reste plus que devant maintenant ». Pendant les traitements, je suis tombée sur des livres qui ont accéléré cette mutation, comme « Anatomie de l’esprit » d’une thérapeute américaine, Carolyn Myss. Je suis rentrée dans l’introspection et les exercices qu’elle recommande pour savoir où l’on en est de ses relations, de sa vie. Je suis allée parler de mon enfance à mon père. J’ai voulu revoir quelqu’un que je n’avais pas revu depuis 20 ans pour que nos relations repartent sur une bonne base. Je me suis dit « le cancer c’est le symptôme de mon mal-être, moi je veux une guérison plus globale ».

Après : J’ai décidé de repartir vivre dans la nature, et surtout de me faire masser chaque semaine car je sentais que ça avait une action sur mon mental. Et un jour j’ai senti au plus profond de moi que c’était ça que j’avais vraiment envie de faire. A partir de là, tout s’est mis en place. : je suis rentrée dans un cycle de formations à la médecine ayurvédique et au massage, ai abandonné peu à peu mes activités dans le cinéma. J’ai découvert que j’aimais profondément donner aux autres, et pas seulement de la détente, à travers ces massages complets. J’ai ressenti peu à peu une grande compassion  pour toutes leurs souffrances. Aujourd’hui, je continue ma formation, en Inde, en Californie…Et ce mois-ci, je publie mon premier livre, une initiation au massage indien, qui m’a tant apporté ! Je ne suis plus la même : je ne mange plus pareil, je ne fréquente plus les mêmes personnes, je suis comme libérée du passé. Avant je ressassais et ne vivais pas. Aujourd’hui, je n’ai qu’un but chaque jour : être présente à moi et aux autres. Parfois bien sûr, je me suis un peu « endormie » et me suis retrouvée à vivre ce que je ne voulais plus. Actuellement je dois refaire des examens et la menace de la maladie est toujours là. Mais j’ai trouvé ma place désormais, et un sens profond à ma vie. Cela, c’est indestructible.

Propos recueillis par Pascale Senk