Les « cadeaux » inattendus du cancer | la maison du cancer

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Et si la maladie apportait aussi des évolutions positives dans notre vie ? Difficiles à envisager, ces opportunités existent. La psychologue Françoise Bonnal, après avoir été malade d’un cancer du sein, a fait ce constat, à la fois dans son parcours mais aussi dans celui de la plupart des malades qu’elle écoute. 

 

Au moment où elle est tombée malade, il y a treize ans,  Françoise Bonnal était en pleine réussite professionnelle : manager d’une grosse agence de publicité, elle venait aussi de fonder la filiale « Innovation » de son entreprise et vivait le rythme d’enfer d’une business-woman accomplie. Sur le plan sentimental, le bilan n’était pas aussi bon. Certes, elle était maman d’un beau petit garçon, mais elle se débattait depuis de longues années dans une relation affective destructrice. « J’étais dans une impasse, sur fond de dépendance, confie Françoise Bonnal. Mon mari avait un grave problème d’addiction et, me sentant en charge de lui, je ne pouvais le quitter ».        

C’est dans ce contexte qu’on lui découvre des micro- calcifications, puis une mini tumeur qu’on lui enlève par tumorectomie. La radiothérapie n’est pas jugée nécessaire. Et Françoise Bonnal repart de plus belle. « J’avais des contrôles tous les trois mois mais  je n’ai rien changé dans ma vie, reconnaît-elle ». Un an plus tard, récidive : ce sont alors deux tumeurs de 2 cm et un cancer de grade 4, très agressif, qui sont détectés. Son médecin n’y va pas par quatre chemins : « madame, pour votre petit garçon, il va falloir vous battre», lui dit-il. Cette fois, Françoise Bonnal est soumise aux traitements majeurs : radiothérapie, chimio… qui dureront près d’un an. Et elle comprend qu’il va lui falloir changer son contexte de vie.

Aujourd’hui, Françoise Bonnal est psychologue clinicienne et auteur d’ouvrages de développement personnel dont le dernier «Petites révélations pour devenir soi » (ed. Jouvence) raconte les fruits de son expérience. Elle est aussi bénévole dans l’association Etincelle (Voir notre article) et repère dans le parcours des femmes qu’elle accueille certaines prises de conscience, certains changements positifs qui auraient été impossibles avant la survenue du cancer et l’angoisse de mort qu’il génère. « Cela peut paraître choquant, mais je suis convaincue que la maladie nous invite aussi à prendre des décisions que, sans elle, nous aurions zappées, par paresse et par peur ». Parmi ces évolutions inattendues, voici celles que repère le plus souvent Françoise Bonnal :

Faire le tri dans ses relations affectives

« Le cancer nous  amène à retravailler nos liens. Il ne s’agit pas de les couper, mais de les tisser différemment, de les rendre plus sains. Ainsi, en ce qui me concerne, j’ai pu me séparer de mon mari avec une certaine grâce. Tombant grièvement malade, je devenais prioritaire sur lui, ce qui n’avait jamais été le cas, et nous avons pu divorcer d’un commun accord. Si la maladie nous aide à nous dégager de relations toxiques, elle nous invite aussi à approfondir celles qui nous comblent. Parce qu’on a réalisé qu’on était mortel, on peut aimer davantage ses frères, sœurs, parents… Et généralement nos enfants ressortent eux aussi grandis de cette épreuve, qui leur fait gagner en maturité. Toucher sa vulnérabilité intensifie les liens, certaines pudeurs inutiles s’effacent et alors on peut communiquer de cœur à cœur ».

S’écouter enfin

« Chez les femmes que j’accueille, je perçois souvent cette habitude dans leurs relations à donner d’elles-mêmes plutôt qu’à recevoir, or nous n’avons charge que d’une âme : la nôtre ! Les femmes touchées par le cancer sont le plus souvent courageuses, fortes mais généralement elles ne s’autorisent pas à craquer. Après une séance de réflexologie ou d’esthétique telles que nous en proposons à l’association, beaucoup me disent « C’est la première fois que je m’occupe vraiment de moi ». Le cancer nous pousse ainsi à  nous écouter : « Quels sont mes besoins profonds? Suis-je alignée, en accord avec mes valeurs ? ». Chez  certaines, la question « Qui suis-je ? » s’impose avec la maladie : envie d’un bilan de compétences, d’une psychothérapie… Beaucoup de patientes que j’accueille rentrent dans ce processus de connaissance d’elles-mêmes qui ne les taraudait pas auparavant. Ainsi le cancer nous ramène « à la maison », à l’intérieur de nous-mêmes et alors c’est la découverte de menus plaisirs qui comblent vraiment : lire une heure, aller au cinéma, dessiner… Nous acceptons enfin d’y avoir droit, à ces moments pour soi. Moi, je rêvais d’avoir un chien, je n’osais pas. J’en ai pris un pour m’aider pendant les traitements, et c’est devenu un allié formidable ».

Oser changer

« Le cancer fonctionne souvent comme un « coup de pied au cul », certes brutal mais efficace: il nous pousse à enclencher de nouvelles options, dissout les peurs mal placées. Ainsi, j’avais fait des études théoriques de psychologie, j’aspirais depuis des années à faire de l’accompagnement aux personnes, mais je vivais une autre vie professionnelle, et pendant longtemps celle-ci m’a suffi. Quand je me suis remise des traitements, tout en gardant mon métier initial pour couvrir les six années me menant à la retraite, j’ai pris une grande décision : je me suis inscrite à une formation d’énergéticienne de 4 ans à l’Ecole américaine de Barbara Brennan, qui invite à prendre conscience de l’énergie dans notre corps et à l’aider à mieux circuler. Cette option m’obligeait à me rendre 5 ou 6 fois dans l’année aux Etats-Unis. Avec un enfant et un engagement  professionnel  à tenir, cela faisait beaucoup ! Pourtant tout est devenu possible grâce à  la compréhension de mes proches et de mon entreprise , comme si j’étais aidée et portée. Il a juste fallu que moi j’ ai le courage de faire ce saut. Et le cancer me l’a donné. »

 Accueillir une autre manière d’être

« D’une certaine manière, le cancer m’a rendue plus vivante, car plus en contact avec mes émotions, avec la vie dans mon corps, et finalement avec moi-même. J’ai pu comprendre les blocages intérieurs qui m’entravaient, j’ai ressenti à nouveau mes blessures d’enfance, je les ai revécues de l’intérieur. A  force, quelque chose de neuf est arrivé, comme un regain d’énergie ; Et j’ai compris que je pouvais sortir de l’auto-flagellation propre à la maladie. C’est peut être cela le plus grand cadeau du cancer : pas nécessairement s’obliger à tout changer à l’extérieur,  mais  s’appliquer à changer à l’intérieur. Ce n’est pas ce que je fais qui compte, mais la manière dont je le vis, simplement ma manière d’être. Et il n’est jamais trop tard pour s’aimer et, pour ainsi dire, réaccoucher de soi-même».

Propos recueillis par Pascale SENK

A lire :

“Petites révélations pour devenir soi”, ces eurekas qui m’ont aidée à grandir », Françoise Bonnal, editions Jouvence