Perturbateurs endocriniens : vers un étiquetage des produits? | la maison du cancer

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Les produits contenant des perturbateurs endocriniens seront bientôt signalés par un étiquetage pour les femmes enceintes. Soupçonnées de jouer un rôle majeur dans certains cancers hormono-dépendants, ces substances ont fait l’objet d’un rapport parlementaire du sénateur Gilles Barbier. Dans l’attente de nouvelles données, ce chirurgien réclame une meilleure prévention et un usage limité de ces produits.

C’est une substance chimique, naturelle ou artificielle qui peut perturber le fonctionnement du système hormonal. Certaines plantes, comme le soja, contiennent par exemple des phyto-œstrogènes (isoflavones). Les perturbateurs endocriniens (PE) figurent parmi les premiers suspects dans l’augmentation des cancers hormono-dépendants (liés au système hormonal), comme les cancers de la prostate (multipliés par quatre depuis 1975) ou du sein (multiplié par deux depuis 1980).

• Une remise en question des règles de la toxicologie

La réglementation des produits chimiques repose sur le fondement selon lequel il existe un lien entre la dose et l’effet d’une substance toxique. Une dose d’exposition sans effet est ainsi établie, appelée « dose d’exposition journalière admissible » (DJA).

Dans son rapport, Gilles Barbier rappelle que les perturbateurs endocriniens ont la particularité d’avoir des effets même à faible dose, ainsi que des effets cocktail. C’est alors le mélange qui est toxique et pas seulement les substances prises individuellement. Il souligne en outre que les organismes peuvent s’avérer nettement plus sensibles aux perturbateurs endocriniens à des périodes précises de leur vie. C’est le cas des fœtus pour lesquels une exposition aux perturbateurs endocriniens, même faible, est susceptible d’induire des cancers bien plus tard.

Des perturbateurs endocriniens interdits de longue date

Administré aux femmes enceintes pendant près de trois décennies, le Distilbène a été retiré du marché français en 1977. Il a été prouvé que l’exposition du fœtus féminin à cette substance augmentait, outre les risques de stérilité, les risques de cancer de l’appareil reproducteur (vagin et utérus) et du sein à l’âge adulte.

• Utilisée abondamment aux Antilles, dans les bananeraies, la chlordécone est un insecticide encore très présent dans les sols et les eaux, malgré son interdiction en 1993 à la suite de sa mise en cause dans le cancer de la prostate.

• Quelles sont les substances actuellement pointées du doigt ?

• Le bisphénol A (ou BPA) est très courant dans les contenants alimentaires (boîtes en plastique, récipients pour micro-ondes, intérieur des boîtes de conserve, canettes, papiers thermosensibles…). Ce composant du polycarbonate est interdit depuis peu dans les biberons. On le reconnaît grâce au sigle de recyclage : un anneau de Möbius dans lequel est inscrit le chiffre 7 et sous lequel figure parfois la mention « PC ».

• Les phtalates sont utilisés pour rendre le PVC plus souple. On les trouve notamment dans les poches de sang, les cathéters, les sondes gastriques, mais aussi dans les produits cosmétiques, les parfums, le vernis…, où ils apparaissent sous de nombreux sigles (DEHP, DINP, DBP, DEP, DMP, BBP, DHP, DnHP, DnOP, DOP, DIDP…). Plusieurs d’entre eux sont interdits dans les jouets et articles pour enfants, les cosmétiques, l’usage alimentaire. Le rapport de Gilbert Barbier demande qu’on accélère leur retrait dans le matériel de néonatalogie et d’obstétrique.

Les parabens sont présents comme conservateurs dans l’alimentation, les médicaments* et les produits cosmétiques. Ils sont soupçonnés de jouer un rôle dans le développement du cancer du sein.

Les parabens sont repérables car ils figurent dans la liste des ingrédients des produits cosmétiques.

à Une proposition de loi a été votée en première lecture à l’Assemblée nationale en mai 2011, qui vise à interdire l’utilisation des phtalates, parabens et alkylphénols (agents actifs dans les produits de nettoyage industriels). Mais elle n’a pas encore été étudiée par le Sénat.

Les mesures en cours

• Un étiquetage pour les femmes enceintes

Le rapport de Gilbert Barbier préconise que les produits de consommation courante présentant un risque élevé de perturbation endocrinienne soient soumis à un étiquetage particulier, en l’occurrence un pictogramme similaire à celui présent sur les bouteilles d’alcool (profil d’une femme enceinte barré dans un cercle rouge).

• Une meilleure connaissance des substances suspectes

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) est chargée d’identifier les produits contenant ces substances et d’évaluer les risques sanitaires. Une première série de 12 substances (plus le bisphénol A) devrait faire l’objet d’un rapport fin 2011. Vingt substances supplémentaires seront évaluées d’ici à la fin 2012 et une publication sur les autres substances est envisagée pour 2013.

Catherine Levesque

Le Monde a publié le 24 mai 2011 une liste de 400 médicaments courants  contenant du paraben. Une liste que l’on peut consulter ici