Noteo : un outil pour protéger sa santé et l’environnement | la maison du cancer

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Vous voulez connaître l’impact d’un produit courant sur votre santé? Une nouvelle application gratuite, téléchargeable sur Iphone ou Android, et consultable sur Internet, passe au crible plus de 45 000 produits avant de les noter. Aurèle Clémencin*, responsable produits chimiques et santé chez Noteo, nous en dit plus sur cette démarche novatrice. 

 

A  partir de 2015, le Parlement français l’a décidé, le bisphénol A sera interdit dans tous les contenants alimentaires (Voir notre article sur le sujet ). Mais de nombreuses substances cancérogènes restent présentes dans notre alimentation, dans les boissons et les cosmétiques. Un nouvel outil, Noteo vient d’être mis au point pour évaluer la qualité et la sécurité de produits courants. On télécharge l’application gratuitement sur iPhone ou Android, un simple scan du code-barres et on accède à la note du produit, fondée sur 4 critères : santé, environnement, social, budget. Ce dispositif indépendant peut aussi être consulté sur Internet.  Voici ce que nous en dit l’une de ses conceptrices.

LMC : quelles sont les substances cancérogènes que vous avez traquées dans les produits alimentaires, les boissons et les cosmétiques ?

Pour les aliments et les boissons, nous nous sommes intéressés aux additifs et à la présence de pesticides, ainsi qu’aux emballages susceptibles de diffuser des substances comme le bisphénol A. Pour les cosmétiques, tous les ingrédients sont observés.  Concernant l’analyse, nous nous sommes fondés sur la base d’identification des substances cancérogènes du Centre international de la recherche contre le cancer (CIRC ), en prenant en compte celles qui sont avérées ou considérées comme probablement cancérogènes, et avons procédé de la même façon avec la typologie de l’Union européenne et de la Californie. Concernant les perturbateurs endocriniens, soupçonnés de jouer un rôle majeur dans certains cancers hormono-dépendants,  il n’existe pas encore de classification au niveau européen. Nous nous sommes donc appuyés sur les travaux préparatoires réalisés par les syndicats européens dans le cadre de la directive REACH sur l’exposition aux substances chimiques. Enfin, nous prenons aussi en compte les travaux de l’Américaine Theo Colborn, les registres des effets toxicologiques, notamment les analyses du professeur Grandjean, éminent neurologue, sans oublier les contributions d’associations comme le Réseau Environnement Santé.

LMC : quelles sont les données les plus préoccupantes pour le consommateur ?

Plus l’exposition aux substances cancérogènes est répétée, plus le risque augmente. Il faut éviter les perturbateurs endocriniens avérés. En ce sens, il y a urgence à substituer les parabènes, encore très présents dans certains cosmétiques. Parmi les édulcorants, le sodium saccharin et le sodium cyclamate figurent sur la liste du CIRC, ce qui n’est pas le cas de l’aspartame et de l’acesulfame K. Il n’empêche que ces substances demeurent controversées donc nous en tenons compte dans notre notation. En revanche, il n’y a aucune problématique sur la stévia, autorisée au Japon depuis les années 1970.

LMC : les labels écologiques (Bio, Cosmebio, Ecolabel…) sont-ils des gages de qualité sur le critère santé ?

Les labels écologiques, selon leurs exigences, interdisent l’usage de certaines substances et certains processus de synthèse ayant recours à des solvants, par exemple. Mais tant qu’il y aura de la résine époxy qui tapissera l’intérieur des boîtes de conserve et des cannettes en alu, il y aura risque de relargage de bisphénol A.

Les produits cosmétiques bio (Cosmébio, BDIH, Ecocert…) les moins bien notés contiennent pour leur part de l’alcool benzilique, qui est un neurotoxique avéré, ou du sodium benzoate, un neurotoxique suspecté. Il y a un vide réglementaire sur ces deux substances et la vigilance s’impose. C’est pourquoi nous proposons parfois des alternatives non bio à des cosmétiques bio. Quoi qu’il en soit, le bio s’affranchit de nombreuses substances retrouvées dans des produits conventionnels et exposent de fait à un cocktail chimique moindre.

LMC : où en est-on de la controverse sur les parabènes ?

Leur absence est devenu un argument marketing ! Ces substances, présentes dans environ 40 % des cosmétiques non labellisés, sont suspectées de perturber le système endocrinien. Rien n’est avéré, mais il existe des informations substantielles. Nous sommes attentifs aux substances qui les remplacent, comme les isothiazolinones, suspecté de perturber le système immunitaire. Le méthylisothiazolinone, qui est le plus utilisé, est associé à un effet de perturbation immunologique. Or, en Europe, sur les 450 substances pouvant jouer un rôle de conservateur et d’agent microbien, nombreuses sont celles qui ne présentent aucun risque connu à ce jour. Malheureusement, le faible coût de certains ingrédients reste le moteur pour les industriels…

LMC : et sur la présence de sels d’aluminium dans les déodorants ?

Les sels d’aluminium sont utilisés sous 25 formes différentes dans les cosmétiques. Tous ne libèrent pas d’aluminium à l’usage, il convient donc de choisir les plus stables. La pierre d’alun (potassium alum sur l’étiquette) est relativement inerte. En revanche, les chlorhydrates d’aluminium, composé le plus répandu dans les antitranspirants, ainsi que l’aluminium zirconium tetrachlorohydrex GLY libèrent de l’aluminium. Les labels bio les proscrivent. Cette question est développée sur notre blog. 

LMC :  avez-vous constaté un manque de transparence de la part de certains fabricants ?

Dans l’alimentation, la réglementation impose des étiquetages précis. Nous regrettons juste le manque d’informations sur l’aspect nutritionnel, qui ne deviendront obligatoires qu’en 2016 pour les fabricants qui ne s’y plient pas actuellement. Il n’en va pas de même pour les détergents ! La réglementation n’exige pas d’en détailller la composition sur l’étiquette, mais sur le site web de la marque. Nous pénalisons les marques qui ne respectent pas cette réglementation et nous les contactons pour créer un cercle vertueux.

LMC : avez-vous été surpris par certaines analyses ?

Nous avons été surpris de constater que des produits non labellisés et bon marché pouvaient avoir des formulations propres ! Il est toujours intéressant d’aller à l’encontre des à priori. Au sein d’une même marque, nous avons des notes très différentes d’un produit à l’autre. Ce qui nous a conduits à faire une expérience : composer deux paniers différents avec les produits d’une même catégorie, d’une même marque, dans une même gamme de prix. Le panier rouge a eu 1,5 sur 10 sur le critère santé et 3,4 sur 10 sur le critère environnement, contre respectivement 7,1 sur 10 et 7,4 sur 10 pour son équivalent « vert » !

Propos recueillis par Catherine Levesque.

* Biochimiste titulaire d’un DEA de pharmacologie, Aurèle Clémencin a travaillé pour de nombreuses ONG et institutions publiques, parmi lesquelles l’Inserm, l’Inra, Greenpeace, le Bureau européen de l’environnement ou le Réseau Environnement et Santé.