Portables, Wifi et cancers : Quels risques et quelles protections ? | la maison du cancer

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«Peut-être cancérigène». C’est le verdict rendu fin mai 2011 par les experts de l’OMS, après analyse des études déjà faites sur les téléphones portables. Une formule qui traduit surtout la difficulté, pour les scientifiques, d’apporter la preuve formelle de cause à effet entre les ondes électromagnétiques et les cancers. Les utilisateurs restent perplexes. Voici de quoi  aider à faire le tri.

Le débat n’est pas nouveau : voilà des années que certaines études concluent à l’innocuité des téléphones portables alors que d’autres rendent un avis contraire. Cela s’explique aisément : une tumeur peut mettre 10, mais aussi 20 ou 30 ans à apparaître, or les premiers téléphones portables datent seulement de la fin des années 90. Pour se forger une opinion sur la question, il faut donc disposer d’études au long cours et portant sur un grand nombre d’utilisateurs, ce qui n’est pas si simple à organiser. Et même lorsqu’une augmentation des tumeurs est retrouvée, prouver avec certitude que ce sont bien les ondes électromagnétiques émises par le portable ou le réseau wifi qui sont la cause d’une tumeur et rien d’autre est très compliqué, d’où le «peut-être» de l’OMS. Mais ce n’est pas une raison pour ne rien faire : comme les doutes portent essentiellement sur les expositions fréquentes, répétées et prolongées dans le temps, les conseils donnés aux particuliers visent surtout à réduire leur niveau et leur temps d’exposition. Même si c’est juste «au nom du principe de précaution», on peut tous s’y mettre. Tout de suite !

1 – C’est quoi, ces ondes électromagnétiques ?

Téléphone portable et réseau wifi – Wireless Fidelity ou Wi Fi signifiant la qualité stabilité du sans fil en anglais – émettent des ondes électromagnétiques, au même titre que la radio, le téléviseur ou le four à micro-ondes. Mais à la différence d’un émetteur radio FM qui émet des ondes à une fréquence de 100 mégahertz, les ondes des téléphones portables et du système wifi ont une fréquence environ 20 fois plus élevée (autour de 1800 mégahertz pour un téléphone portable et autour de 2450 mégahertz pour le wifi). 

A ces fréquences, on sait que les ondes peuvent entraîner un échauffement des tissus qu’elles traversent, si leur niveau est trop important. Il existe donc des normes imposées aux télécommunications sans fil, pour éviter que ce niveau d’échauffement soit atteint et ces normes sont bien respectées. C’est même le principal argument avancé par les géants de la téléphonie mobile pour rassurer les utilisateurs ! Mais il n’en demeure pas moins une inconnue : l’impact d’une exposition chronique faible, sur notre santé, à long terme …

2 – Qu’est-il ressorti des études jusqu’à présent ?

Pour tenter d’y voir plus clair au milieu de toutes les études contradictoires – dont certaines financées par les géants des télécommunications eux-mêmes ! – une vaste étude internationale, baptisée «Interphone» a été réalisée en 2008 dans 13 pays dont la France. Son intérêt : chaque pays participant a suivi le même protocole, il n’y a donc aucune raison de remettre leurs conclusions en cause. Un petit lien statistique entre le temps passé avec son portable et le risque accru de tumeurs cérébrales a bien été noté chez les gros usagers, mais sans qu’il soit possible d’établir un lien de cause à effet. 

Le risque retrouvé s’étant avéré faible, il n’a pas été pris d’autres mesures sur le plan législatif. Mais des associations comme le Centre de Recherche et d’Information Indépendantes sur les Rayonnements Electromagnétiques (Criirem) soulignent qu’au moment de l’étude Interphone, on entendait par «gros usager», des utilisateurs passant plus de 5,5 minutes par appel, présentant plus de 260 heures de conversation cumulée et/ou ayant dépassé le cap des 5.000 appels au moment de l’étude … soit, des chiffres qui n’ont vraiment plus rien d’extraordinaire et seront bien vite dépassés, au vu des nouvelles habitudes prises par les utilisateurs ! 

3 –Quelles conclusions peut-on en tirer ?

L’existence d’un lien statistique ne signifie pas qu’il existe à coup sûr un lien de cause à effet et à ce jour, c’est vrai, il n’y a pas de preuve scientifique formelle établissant le caractère cancérigène des ondes électromagnétiques. Mais comme il n’y a pas non plus de preuve formelle de leur innocuité, que les statistiques plaident en faveur d’un nombre de cancers  accru chez les gros utilisateurs et que ces derniers se généralisent, autant limiter les risques, s’ils existent, sans plus attendre … d’autant que cette démarche n’a rien de vraiment contraignant . 

4 –N’est-il pas un peu prématuré de s’inquiéter ?

Le nombre de « gros » utilisateurs de mobiles étant énorme et exponentiel, il doit conduire à la plus grande prudence. En effet, un risque très faible, mais appliqué à l’échelle de l’humanité peut faire des dégâts ! A une échelle bien plus faible, c’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec le traitement hormonal substitutif des femmes ménopausées : les scientifiques ont eu beaucoup de mal à établir un lien de cause à effet entre ce traitement et la survenue d’un cancer du sein. Et quand enfin, l’alerte a été donnée et que les prescriptions de traitement hormonal substitutif ont chuté, le nombre de cancers du sein a enfin cessé d’augmenter. Et ce, de façon significative !

Si un risque pourtant jugé très faible – celui de faire un cancer du sein sous traitement hormonal substitutif – a quand même eu un impact sur la santé publique, on imagine bien ce que cela pourrait donner avec une population concernée bien plus importante. Vu le nombre d’utilisateurs d’un portable dans le monde, on ne peut pas se permettre de prendre un tel risque et c’est  d’ailleurs ce qui avait poussé un collectif de vingt médecins européens et américains, spécialistes du cancer, des radiations ou de la prévention, a pousser un «coup de gueule» dès juin 2008.

5 – Existe-t-il des portables plus sûrs que d’autres ?

Oui, mais malheureusement, c’est trop rarement un argument mis en avant par les vendeurs qui préfèrent vanter les différentes applications ! Toujours selon le Criirem, mieux vaut opter pour un portable dont le débit d’absorption spécifique (DAS) – qui correspond à la puissance du rayonnement absorbé localement par le corps humain – est le plus bas possible. L’International Commission of Non-Ionizing Radiation Protection (ICNIRP) a déjà fixé la norme maximale à 2 watts / kg pour les particuliers. Au nom du principe de précaution, le Criirem conseille de choisir un modèle dont le DAS est inférieur à 0,5 watts / kg. Puisque le choix existe (avec des 1ers modèles affichant une DAS à 0,23), autant jouer à fond la sécurité. A titre de comparaison, le terminal d’un téléphone sans fil, au domicile, présente une DAS comprise entre 0,01 à 0,1 W/kg … soit encore 2 à 23 fois moins que les portables les plus recommandables. C’est encore mieux avec le bon vieux téléphone filaire d’autrefois, qui n’utilise pas cette technologie : à ressortir d’office pour les longues conversations !

6 – Avec ou sans oreillette ?

Simple question de logique ! Les ondes électromagnétiques émises par les portables et le réseau wifi, sont des ondes de très courte portée. Cela signifie que plus on  s’éloigne de la source et plus le niveau d’ondes émis est faible. C’est tout l’intérêt de l’oreillette filaire, qui permet d’éloigner suffisamment le point d’émission des ondes (c’est-à-dire le portable) de votre oreille et de votre cerveau. A défaut, le mode haut parleur permet aussi d’éloigner le portable du cerveau … tout comme l’envoi de sms, puisque  pour écrire, on met son téléphone devant soi et non collé à la tête ! Parmi les oreillettes sans fil,  essentiellement pratiques pour libérer vos mains, on trouve des casques sans fil qui utilisent la technologie Bluetooth. Le bluetooth servant surtout à connecter des appareils entre eux, il nécessite moins d’énergie pour fonctionner que le wifi, d’ou sa réputation d’être plus sûr, mais cela reste encore à prouver. 

7 – Comment utiliser le portable avec plus de sécurité ?

Quand on s’éloigne des antennes relais (cas d’un déplacement en zone rurale par exemple), il faut émettre des ondes plus puissantes pour les atteindre. C’est pourquoi le Criirem conseille, en l’absence d’appel urgent à passer, de téléphoner de préférence quand les «barrettes» présentes sur le portable (et qui symbolisent l’accès au réseau), sont toutes présentes. D’éviter de téléphoner depuis un train ou en voiture, car le niveau d’ondes émis par le portable est maximal quand il recherche l’antenne la plus proche (de plus, téléphoner dans une infrastructure métallique peut influencer le niveau des ondes émises par un portable). 

A faire également : éteindre son portable entre 2 appels si on n’a pas d’urgence à être joint ou alors, le laisser en veille, posé à plus d’un mètre. S’en servir surtout pour les appels de très courte durée car l’étude Interphone n’a pu mettre en évidence de risque accru de cancer dans ce cas (ce qui ne veut pas dire que si l’étude avait été prolongée, il n’y en aurait pas eu). Enfin, le mettre en charge non pas sur la table de nuit – trop proche du cerveau – mais dans une pièce éloignée.

8 – Pour les enfants, les femmes enceintes, quelles précautions?

On ne sait déjà pas ce qui se passe quand des ondes traversent le cerveau d’un adulte, alors pour le cerveau d’un enfant qui est en plein développement, les questions sont encore plus nombreuses ! En outre, étant donné qu’une tumeur peut mettre des décennies à se développer et qu’ils ont une plus grande espérance de vie que les adultes, ils seront les premiers concernés si le caractère cancérigène des ondes électromagnétiques venait à être confirmé. 

Pour toutes ces raisons, mieux vaut limiter l’usage des portables chez nos enfants. Les éduquer pour qu’ils intègrent les précautions à prendre : oreillette filaire, appels de courte durée sinon, recours au téléphone fixe, portable éteint et non en veille entre deux utilisations, appareil posé à plusieurs mètres de la tête de lit, durant la nuit, etc. Idem pour les femmes enceintes qui au nom du principe de précaution, ont aussi intérêt à ne pas mettre leur portable en veille dans une poche ou un sac à main, à hauteur du ventre.

9 – Et s’il y a le Wifi au domicile ?

Le wifi, c’est une sorte de réseau sans fil, qui permet de connecter un ordinateur à internet ou deux ordinateurs entre eux, par exemple. Un terminal wifi émet des ondes pulsées à 2.450 Méga Hertz qui est celle utilisée par un four à micro-ondes pour agiter les molécules d’eau ! Bien évidemment, la puissance du wifi est sans commune mesure avec celle qui règne à l’intérieur d’un four à micro-ondes qui est petit et confiné, mais comme pour les portables, on ne connaît pas les effets sur la santé, d’une exposition faible mais chronique. 

Or on ne prend pas la peine de déconnecter le Wifi quand on ne l’utilise pas et même si les antennes wifi n’émettent que très faiblement quand il n’y a pas d’échange de données, l’émission d’ondes reste permanente. C’est pourquoi, toujours au nom du principe de précaution, il vaut mieux éloigner le plus possible la borne wifi et l’ordinateur avec lequel elle communique, du bureau ou du lit des enfants. Et pour les plus inquiets, la question de revenir au câble pour relier votre ordinateur à la Box, par exemple parce qu’il y a un jeune enfant ou un malade du cancer au domicile, mérite d’être posée.Après tout, on ne risque rien à être «trop» prudent.

Nathalie Szapiro

• Sources :

• Institut National du Cancer ou Inca :  

• Fondation Santé et radiofréquences 

• Etude Interphone, “International Journal of Epidemiology”, mai 2010.

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