Gérard Bourrat : Ses rêves plus forts que la maladie | la maison du cancer

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« Pour moi, le cancer n’a jamais existé ». Car malgré le cancer qui le rattrape chaque fois, Gérard Bourrat a accompli ses projets les plus fous.  A 68 ans, « le survivor » a gravi deux fois l’Everest, et fait de nombreuses courses. Une leçon de vie et de courage pour tous les malades.  

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C’est l’histoire d’un Cannois qui aimait le sport, la montagne et les grands défis. En 2002, après avoir couru les marathons de Paris, New York, et gravi le Mont Blanc, le Kilimandjaro et l’Aconcagua, cet ex-cadre d’IBM se lance un nouveau challenge de taille : l’ascension de l’Everest. Pendant quatre ans, il se soumet donc à une préparation physique, psychologique et nutritionnelle digne des plus grands athlètes. Mais en mars 2006, à seulement trois semaines du grand départ, une violente douleur se déclare : Gérard Bourrat a une tumeur de 7 cm au niveau du rein droit, un cancer donc. Abattu, oui, il le fut sur le moment. Mais il a su aussi qu’il n’abandonnerait pas son projet.  « Cette conviction m’a permis de très bien dormir la nuit du verdict, ce n’était déjà pas si mal », raconte-t-il. Seule solution : se faire opérer le plus vite possible et partir en oubliant les deux mois de convalescence vivement recommandés après une telle intervention. Un programme difficile à accepter pour son médecin et sa famille. Mais face à sa conviction et sa détermination inébranlables, tout le monde obtempère. «Je m’étais déjà beaucoup investi dans ce projet et j’avais foi en mes capacités. Il fallait donc que le cancer devienne simplement un paramètre de plus à gérer, mais surtout pas un frein à mon aventure», souligne-t-il.  Le chirurgien opérera donc « par devant » pour que l’aventurier puisse porter son sac sur le dos, et redoublera  les points de suture pour éviter toute éventration due à l’effort. Gérard Bourrat s’envole trois semaines plus tard vers Katmandou. «Soyons clairs : mon départ n’était pas un acte irresponsable. Je n’étais pas fatigué, je me sentais en pleine forme, je n’avais besoin que de très peu d’anti-douleurs », justifie t-il. 

Rendre la maladie transparente

Sur place, il n’y a plus que l’Everest qui compte à ses yeux. Blanc, majestueux, pure, fascinant. Le Cannois se sent galvanisé. « Ce sommet, c’était le rêve absolu, la promesse d’une plénitude sans commune mesure », lance-t-il. Pendant plusieurs semaines, le « summiter » grimpe, surmonte les unes après les autres toutes les difficultés dues à l’altitude. Le froid glacial, la perte d’appétit, les insomnies. Et la maladie dans tout ça ? Elle n’est pas là. Gérard Bourrat n’y pense pas. Seules les conditions extrêmes et son acclimatation occupent son esprit. Et cet objectif, le sommet, qu’il ne lâchera pas. « Le cancer, c’est comme s’l n’avait jamais existé, j’ai choisi de rendre la maladie transparente », explique t-il. D’où lui vient cette force de faire abstraction du mal? «J’ai  toujours fonctionné ainsi, explique-t-il : se fixer un objectif et ne jamais le lâcher, toujours garder foi en la vie, en l’être humain, et en soi-même. Je suis également croyant, la religion m’aide énormément».

6200 mètres, 7000 mètres… chaque étape est une victoire. Gérard Bourrat devra pourtant renoncer à aller jusqu’au sommet, après être resté bloqué à 8761 mètres. La peur de manquer d’oxygène l’oblige à redescendre. Il n’empêche, à 62 ans, il devient le doyen des  français à avoir gravi l’Everest. De retour à Cannes il devra, en raison de gelures très sévères,  être amputé d’une à deux phalanges de neuf doigts et huit orteils. Un coup dur ? Absolument pas pour cet homme qui est allé au bout de son rêve en connaissant les risques encourus. «  L’important pour moi était d’être vivant », dit-il avec philosophie.

Courir pour se remettre debout

Après l’Everest, il a du malgré tout réapprendre à vivre autrement, mais décide très vite de se lancer un nouveau défi : faire le Marathon des sables, une course de sept jours en autosuffisance  dans le désert  marocain. Gérard termine la course sur le podium ! Puis, l’infatigable enchaîne la traversée de la Corse en sept jours par le GR 20,  les 100km de Millau. Fin 2007,  il s’inscrit à « La diagonale des Fous » à la Réunion

(150 km en une étape, sur les crêtes des volcans, 9000 kms de dénivelé), qui doit avoir lieu fin octobre 2008. Mais le destin frappe encore. Un mois avant de partir, on lui découvre des métastases dans le hile du poumon. Pas question de faire une croix sur La Réunion. « La diagonale des fous est devenue un paramètre de ma guérison, comme l’avait été l’Everest deux ans plus tôt. J’avais une vie à vivre et peu de temps à consacrer au cancer », explique-t-il. Gérard Bourrat est opéré le 25 septembre 2008, et termine sa course comme prévu.

« Cancer survivant »

Quelques mois plus tard, le cancer revient à la charge. Des métastases ont développé une tumeur de 7 cm sur la plèvre du poumon cette fois-ci. Inopérable. Gérard doit être traité par chimiothérapie pendant 8 mois. « J’ai continué à courir tous les matins, faire mes 3 heures de sport par jour, avaler mon semi marathon du dimanche et randonner en montagne. Oui j’ai eu des nausées, des migraines. Mais j’ai redoublé d’objectifs pour que tout converge vers la vie et non pas vers le cancer », raconte-t-il.  Poussé par ses médecins, c’est aussi pendant cette période, qu’il écrit son livre. «Il me fallait un nouveau projet pour me remettre debout : l’ascension de l’Everest bis. J’avais quelque chose à achever là-bas ». Le rendez-vous est pris pour avril 2011. Entre temps, sa tumeur a régressé et est devenue opérable. L’athlète sait que l’intervention va l’épuiser, réduire sa capacité respiratoire. Mais de là à tout abandonner, jamais !

Relayée par son livre, les médecins, l’histoire de Gérard Bourrat interpelle un public de plus en plus large. La Ligue contre le Cancer lui demande de devenir son ambassadeur. L’expédition Cancer Survivant 2011 sera  bien différente de celle de 2006, car cette fois-ci le « survivor » emporte avec lui les espoirs de nombreux malades, et symboliquement le drapeau de la Ligue. Le but n’est pas d’atteindre le sommet, simplement d’aller le plus haut possible, montrer à tous ceux qui vont le suivre que c’est réalisable, même avec un cancer. «Chacun de nous a les ressources pour dépasser l’adversité, la maladie, en se fixant un objectif et en se concentrant sur sa réalisation. Choisissez vos Everest et ne laissez pas le cancer vous écarter de la vie !», s’exclame t-il. Mission accomplie.  En mai dernier, Gérard Bourrat plantait à 7066 mètres d’altitude sur le toit du monde le drapeau de la Ligue, avec cette inscription «  Le cancer n’est rien au regard de ce que j’ai à vivre ».

Céline Roussel

Gérard Bourrat, le Survivor par laliguecontrelecancer

A lire :« L’Everest, le cancer, la vie »,  de Gérard Bourrat, paru aux Editions du Cherche Midi, 15 €.

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