L’activité physique : une alliée contre la fatigue ? | la maison du cancer

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La consigne peut sembler paradoxale, mais les effets sont bien réels : la fatigue liée à un cancer peut-être soulagée par l’activité physique. Essais cliniques à l’appui, cette notion gagne petit à petit du terrain auprès du corps médical et des patients. Encore faut-il qu’elle soit régulièrement rappelée dans les consultations.

C’est à la fin des années ’80 qu’ont démarré les premières études de terrain visant à déterminer l’effet de l’activité physique sur l’état de patients sous thérapie anticancéreuse. A l’époque, ce type d’essais était une « entorse radicale à la norme, en contraste direct avec les recommandations standard pour les patients sous chimiothérapie – à savoir le repos et l’absence d’exercice, en particulier des exercices d’aérobic intensifs », résument deux médecins américains du Duke Cancer Institute (1). Pourquoi en effet proposer des activités à des patients dont une grande majorité ressent une fatigue intense, non soulagée par le sommeil ou le repos ?

Oser traiter la fatigue

La raison principale vient de la volonté de lutter contre la perte d’aptitude physique chez le patient, également appelée décompensation. L’un des facteurs y contribuant est la fatigue : symptôme fréquent, souvent considéré comme « normal » et donc peu rapporté par le patient. Normal, vraiment ? « Aujourd’hui, les effets secondaires des traitements (douleurs, nausées, vomissements, etc.) sont traités, alors que la fatigue reste encore trop souvent sous-estimée et donc insuffisamment prise en charge. Or la fatigue doit aussi être traitée », peut-on lire sur le site de l’INCa. Et c’est l’activité physique qui ressort alors comme l’une des lignes efficaces de traitement : une analyse récente effectuée par la Collaboration Cochrane compilant 56 essais cliniques publiés depuis 1966, rapporte en effet que des exercices d’aérobic, comme la marche ou le vélo, pendant ou après le traitement d’un cancer du sein ou de la prostate, permettent de réduire la fatigue de manière significative (2). Selon une analyse concomitante, l’effet de l’activité physique se traduirait par une amélioration clinique dans 15 à 18 % des cas, respectivement pendant et après un traitement (3).

L’expérience des patients

Dans les faits, rien de bien neuf sous le soleil pour les praticiens et les patients bien informés, d’autant plus que la première étude citée est l’actualisation d’une précédente publication datant de 2008. De nombreux témoignages de patients dans notre forum soulignent à la fois les difficultés et les bénéfices de la pratique régulière d’une activité physique, pouvant être de la marche, de la natation, du tir à l’arc, du badminton, de l’équitation… L’expérience démontre ainsi qu’il y a tout à gagner à lutter contre la fatigue par ce biais, autant sur le plan physique que mental. Une constatation résumée par Anne, qui décrit son parcours entre chimiothérapie, chirurgie et radiothérapie et son choix de poursuivre coûte que coûte la marche et le vélo : « C’est vraiment important de garder, ou même de commencer une activité physique. Cela permet de faire un peu le vide et de se sentir vivant ».

… et ce que disent les instances

Mais les études qui viennent de paraître cachent le manque de conseil et d’orientation qui règne dans la  prise en charge de la fatigue. A titre d’exemple, les recommandations américaines définies par le National Comprehensive Cancer Network sont très claires : parmi les stratégies de première ligne, figure ainsi le conseil de pratiquer une activité physique, à côté d’autres types d’interventions (telles que : thérapies de soutien psychologique, contrôle du sommeil, massages, consultations nutritionnelles…). Pour autant, une enquête récente montre que seuls près de 12 % des patients reçoivent la consigne d’augmenter leur activité physique de la part de leur praticien.

Et en France ? L’INCa rappelle que « l’activité physique adaptée d’intensité faible à modérée pendant et après le traitement en cancérologie améliore la qualité de vie (…) et diminue la sensation de fatigue des patients atteints d’un cancer, sans effet secondaire », en précisant que « l’activité physique au sens large inclut tous les mouvements effectués dans la vie quotidienne et ne se réduit pas à la seule pratique sportive, qu’elle soit de loisir ou de compétition. Elle intègre également l’activité physique pratiquée dans le cadre de la vie professionnelle et de la vie courante (activités ménagères, jardinage, transports…) » (4). En résumé, « rester aussi actif que possible » : peut-être la meilleure stratégie contre la fatigue ?

Silvia PEI

Pour aller plus loin : http://www.macmillan.org.uk/Documents/AboutUs/Commissioners/Physicalactivityevidencereview.pdf