Libido : rallumer la flamme malgré tout | la maison du cancer

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La maladie perturbe la vie sexuelle d’un couple. Fatigue, séquelles corporelles, médicaments hormonaux,  aboutissent souvent à une perte de désir. Mais pour que son conjoint ne cède pas à la tentation d’aller voir ailleurs ou pire encore ne claque la porte, il faut parfois, comme l’explique la psychologue Maryse Vaillant, se forcer un peu… 

 

LMC : Quel est l’impact de la maladie sur les relations sexuelles ?

La maladie fait vieillir les couples, en les projetant plus tôt que prévu dans une complicité fraternelle. Le sexe n’a rien d’obligatoire, et il ne faut pas se dire que si l’on ne fait plus l’amour, c’est foutu. L’injonction à une vie sexuelle active est une norme de la société à laquelle il faut échapper. On a déjà bien assez à faire pour porter sa vie, sa relation à soi et à l’autre ! Mais cette vie de couple sans sexe ne porte pas à conséquence seulement si elle est bien acceptée par les deux.

LMC : Comment réagir face au conjoint bien portant qui, lui, a toujours une libido active ?

Il faut y prêter grande attention. Le problème se pose souvent la deuxième année, après la fin des traitements. Il y a souvent à ce moment là chez le malade un épisode dépressif, et le cancer, s’il n’est plus médical, se traduit au quotidien par une forme de vieillissement et de fatigue. De plus, les médicaments hormonaux créent souvent une castration chimique. En d’autres termes, la femme n’a plus aucun désir. Mais si elle veut que son compagnon ne se sauve pas, il va falloir faire des efforts pour préserver des moments de tendresse charnelle. En un mot, se forcer un peu parce qu’il y a aussi un enjeu pour elle.

LMC : Comment faire pour aller vers l’autre alors que le désir n’est plus ?

Il faut savoir qu’on pourra finalement avoir du plaisir même si on n’a pas de désir. Il faut donc accepter d’aller vers le contact physique. Néanmoins, cela demande d’être en paix avec son propre corps. Souvent c’est difficile lorsqu’il y a une cicatrice, une ablation ou une prise de poids importante. Il faut donc en premier lieu s’accepter soi. Puis apprendre ensemble à réapprivoiser ce corps. On est ensemble dans l’adversité, et on peut faire entrer le jeu, la complicité, la tendresse dans la relation sexuelle pour aboutir ensemble au plaisir.

LMC : Jusqu’à quel point faut-il écouter le désir de l’autre ?

Il y a des maris qui réclament leur du et cela peut tourner à un terrible conflit. Or la libido ne l’un ne doit pas dominer celle de l’autre. Il faut se faire respecter, c’est la base même du couple. Une fois ce postulat posé, cela vaut la peine de se donner une petite chance. Surtout si on aimait faire l’amour avant, il faut se battre pour retrouver une petite flamme.

Propos recueillis par Anne-Laurence Fitère