Grâce à la musique, il a transformé le plomb en or | la maison du cancer

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Musicien-interprète, Stefan Corbin a pu transcender l’épreuve du cancer de sa mère et le deuil vécu en pleine adolescence grâce à ses compositions sensibles. Allié à son frère François, qui écrit les paroles, il parvient à exprimer dans ses chansons la douleur de l’absence mais aussi le goût des moments magiques de l’existence. 

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« J’avais 17 ans quand ma mère est tombée malade. Cette période a duré 5 ans. Mon expérience correspond au parcours classique des gens qui ont eu un proche malade. Le choc, cet instant où tout s’écroule à l’annonce de la maladie. Le combat, une fois passée la phase d’abattement. La rémission ensuite, avec l’espoir qui revient et les projets qu’on peut à nouveau bâtir. Et puis la rechute, les traitements qui ne marchent pas, les soins palliatifs… Ma mère avait un cancer des ovaires et de l’utérus. Les médecins lui donnaient 6 mois à vivre, elle a vécu 5 ans et demi avec cette maladie. Cette période a été un curieux parcours fait de douleurs mais aussi de moments de joie. La maladie a soudé notre famille. J’ai passé la plus grande partie de mes années d’adolescent dans les couloirs d’un hôpital. Forcément, c’est fondateur et ça vous change. 

Dans ce contexte, la musique permet de transformer le plomb en or. C’est une arme. J’ai commencé à jouer du piano très jeune et j’ai toujours composé. Dès que je trouve un début de mélodie, mon frère écrit les textes. Nous avons deux ans d’écart entre nous  mais François est comme un frère jumeau. Il comprend intuitivement ce que je veux exprimer et trouve tout de suite les mots. Quand ma mère est tombée malade, la musique a alors pris encore plus d’importance dans nos vies. Cela nous offrait un espace de rêve et d’évasion entre les phases aiguës de la maladie. Notre mère ne s’intéressait pas à la musique. Elle vivait dans son monde, celui de la recherche auquel je ne comprenais pas grand-chose. Mais un jour, je lui ai montré la vidéo d’un festival auquel j’avais participé et cela a été un moment fort, l’un de ses derniers sourires.

S’il n’y avait pas eu la maladie de ma mère, je me serai de toute façon investi dans la musique mais je n’aurai sûrement pas chanté les mêmes textes. Même si je suis quelqu’un d’heureux et que j’aime chanter des chansons joyeuses, il y a une part d’insouciance que je ne connaîtrai jamais. Je mets beaucoup l’accent dans mes chansons sur la fugacité du temps qui passe, sur l’importance de vivre sa vie maintenant et de profiter de l’instant présent. Cette épreuve a changé ma manière de vivre. Cela me tient à cœur de transmettre ce vécu. Des douleurs, on en a tous mais l’important c’est ce qu’on peut en apprendre et faire pour vivre mieux.  

Chanter est un exutoire. C’est une arme de guérison qui peut aider aussi les gens qui vous écoutent. Je me souviens avoir chanté au CHR de Lille. C’était une expérience troublante parce que les gens dans le public étaient tous en soins palliatifs.  Pendant une heure, il n’y avait plus de perfusions, de morphine, de douleurs et de fauteuils roulants dans cet hôpital. C’est le pouvoir de la musique, suspendre ainsi le temps ! Même si je ne peux pas guérir les gens ni changer le monde, je peux leur faire passer un moment agréable pendant lequel ils oublient leur douleur et la maladie. C’est le sens de la chanson « Les causes perdues ». L’art est futile et distrayant, mais il est aussi essentiel. Depuis que je fais ce spectacle, il n’y a pas un jour qui passe sans que quelqu’un m’envoie un message me disant : « je ne vous connais pas mais vous m’avez accompagné, ou j’ai été touché par vos textes ». La chanson « Camomille » que mon frère a écrite sur l’enterrement de notre mère parle à tous ceux qui ont connu la perte d’un être cher. Dix ans après,  la chanter tous les soirs ne me replonge pas dans la douleur. Je suis dans la joie et c’est pour moi une forme d’hommage et de partage.  »

Propos recueillis par Nathalie FERRON

Stefan Corbin est à l’affiche du théâtre de Nesle (Paris) jusqu’au 28 mai prochain.

Il vient de sortir un nouvel album « les Murmures du temps » et prépare un projet de comédie musicale « Hôtel des Roches Noires ». 

Pour l’écouter