« J’ai appris mon cancer pendant ma grossesse… » | la maison du cancer

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Porter la vie en soi et potentiellement la mort, au même moment, est une situation aux enjeux totalement antinomiques. Comment vivre en effet sa grossesse, sa maternité naissante, lorsqu’on vient de vous diagnostiquer un cancer ? Mélilotus, auteur du blog éponyme témoigne.

 

« J’avais 39 ans lorsqu’on m’a diagnostiqué un cancer du sein. J’entamais le 8e mois de ma grossesse. Un matin, au réveil, une grosse douleur au sein, jusque-là inconnue… Je voyais le jour même un médecin, un jeune remplaçant, formidable, très rassurant, qui voulut néanmoins vérifier. Il me trouva un rendez-vous pour une échographie le surlendemain. Il n’était pas question de cancer à ce moment-là, et moi-même, je ne l’avais pas imaginé une seconde. Lui peut-être… L’échographiste ayant tiqué, on me fit une biopsie 2 jours après. Je commençais à comprendre que cela pouvait être grave. Finalement, est-ce parce que j’ai eu un traitement de faveur vu mon état de grossesse, les résultats de l’anapath sont tombés après 48 h au lieu d’une semaine. On nous a téléphoné pour nous annoncer « la » nouvelle, et le lendemain, nous avions un rendez-vous avec une chirurgienne gynécologue dans un gros centre hospitalier. Ainsi, en très peu de temps, je passais de la future maman épanouie (j’adore être enceinte et j’avais déjà deux enfants) à la future morte…

Accouchement et traitement sur des chapeaux de roue

J’ai bien vu que c’était très dur pour la chirurgienne gynécologue de me préciser le diagnostic et les traitements à venir : mastectomie, 6 chimio, rayons. Je l’ai trouvée extrêmement distante, et je compris très vite qu’elle ne me dirait jamais « on va vous guérir ». J’ai donc imaginé qu’elle évitait de me donner un pronostic trop noir, mais qu’elle n’en pensait pas moins ! D’autant plus qu’elle me disait que le fait d’être enceinte avait « boosté » ce cancer. Elle m’a « laissé » une semaine, car c’était la rentrée scolaire, et « elle comprenait que je doive être présente chez moi ».

 On a donc déclenché l’accouchement. Et malgré la tourmente dans laquelle je me trouvais, ce fut une parenthèse enchantée. J’ai accouché un lundi, et le vendredi, j’ai été opérée d’une mastectomie. C’est court, mais c’était le seul moyen pour que je puisse rester avec mon bébé ! Si j’étais sortie de la maternité, je n’aurais pas pu l’avoir à mes côtés. De toute façon, je ne voulais plus tarder.

Je n’ai bien sûr pas allaité, et les gens autour de moi croyaient que c’était difficile. Car j’avais longtemps allaité mes 2 autres enfants, et avec bonheur. Mais c’était devenu un détail pour moi, comme la mastectomie, la perte des cheveux. Seule ma survie comptait.

Assumer une double activité : maman et patiente

J’ai donc assumé bon an mal an ma double activité, jeune maman et patiente. Heureusement, mon mari avait pris un congé parental, jusqu’à la fin de mes traitements. Et mon fils était extraordinairement sage. Comme s’il avait compris…

Je n’avais pas envisagé de mode de garde pour mon bébé. D’une part, je n’avais plus de nounou à cette époque (et pas de crèche dans ma ville), et d’autre part, je voulais rester le plus possible avec lui, toujours dans l’idée que j’allais bientôt mourir ! Avec le recul, j’aurai sans doute dû trouver une alternative, car même si le papa aidait beaucoup, la présence du bébé ne me  permettait pas de vraiment me reposer. Le papa aussi en aurait eu besoin.

Des gens venaient voir le bébé, mais évitaient le sujet ‘cancer’. « Oui, il grandit bien », « oui, il ressemble à sa maman »,… Au parc, je me sentais totalement décalée des autres mamans, déjà par mon âge, mais aussi par mes préoccupations quotidiennes.

J’ai basculé du congé maternité vers un arrêt maladie de 6 mois, puis j’ai repris mon travail, à mi-temps thérapeutique. Mon fils avait alors un peu plus d’un an. J’avais prévu, au début de ma grossesse, de prendre après la naissance un congé parental à mi-temps qui irait jusqu’aux 3 ans de mon bébé. C’est donc ce que j’ai fait ensuite.

Trouver des renforts et du réconfort

J’ai vu une psychologue pendant mon hospitalisation, mais elle était bien jeune, et vraisemblablement peu armée face à cette double circonstance. D’ailleurs, j’ai demandé à une infirmière qui venait m’expliquer le système des prothèses externes, si c’était ‘fréquent’ qu’une femme apprenne son cancer lors de sa grossesse. Et qu’on l’opère dans la maternité ? Elle n’avait rencontré que 3 femmes dans mon cas en 8 ans.

J’ai alors cherché au sortir des traitements un groupe de parole autour du cancer, dans ma région, mais rien n’existait. Alors je suis  allée voir un psychiatre de ville qui m’avait renvoyé en me disant que je n’avais pas besoin de lui. (sic)

C’est peu après que je me lançais dans mon blog, afin de dire, et partager.

Il y a 6 mois, l’idée est venue que je pouvais, peut-être, participer à la création de ce qui m’avait tant manqué à l’époque : un groupe de parole. En septembre, la Ligue contre le Cancer m’a accueillie. J’ai exposé mon projet, et j’ai rencontré des gens très à l’écoute, très réactifs, et il n’a pas fallu 4 mois pour trouver un lieu, un psy, un cadre de santé, et des participants… et que le premier rendez-vous ‘groupe de parole’ ait lieu. Quelle revanche ! Ainsi, tout cela n’aurait pas été vain…

Je fête ces jours-ci mes quatre ans de rémission. Et là, un nouveau projet démarre : l’e-bib de l’association ‘Au sein de sa différence’, qui propose une sélection d’ouvrages consacrés aux cancers féminins,  et qui prolonge encore mon engagement…

Propos recueillis par Stéphanie Honoré